Down in naked city http://www.downinakedcity.com/ 2007-10-26T01:47:24Z over-blog.com Atom 1.0 Generator http://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.png Down in naked city n'est pas professionnel. Il tente d'être drôle, échoue lamentablement, se veut intéressant, et s'en sort haut la main. Billet, interview, musique, cinéma, art et autres réjouissances... Finalement, Down in naked city c'est ce que vous attendiez depuis si longtemps que vous ne pouvez y croire, en lisant ces quelques lignes. http://www.downinakedcity.com/article-18278717.html ISSUE #13 2008-04-01T04:15:10Z 2008-04-01T00:01:00Z Down in naked city http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html  ISSUE #13 LAST POST The Kills (Concert) The Virgin SuicidesDisscution sur Gerry et Into the wild. Part I Tchekhov, La Cerisaie, sa représentation Wrong side is the right side  En direct des blogs                                                                                      + Al Lebror              A nos instants dérobés (new) + Arthur E. Ginn       Poetry + Dizzie Gillepsie      From the Ritz to the Rubble (new)   A la une  THE KILLS  Chronique du concert des Kills le 15/03/08 au BikiniLorsqu'on m'a parlé pour la première fois du jeu de scène des Kills avec comme point d'encrage « la sensualité » j'en étais déjà persuadé tout en restant hors de la signification de ce mot.   THE VIRGIN SUICIDES  Analyse du premier opus de Sofia CoppolaVirgin Suicides, prend corps, comme on le dirait d'une écriture ou d'une texture à travers le récit (le roman) d'un autre. DISSCUSION SUR GERRY ET INTO THE WILD. PART I  Confrontation de deux octogénaire autour d'une tisane Tu sais, E.Ginn, je crois qu'en sortant de cette salle de cinéma je n'étais plus un homme, ou du moins je n'étais plus dans le monde humain...   TCHEKHOV, LA CERISAIE, SA REPRESENTATION Oui, rien n'arrive dans une pièce de Tchekhov.   Pourquoi s'en étonne t-on encore ? La chose est connue, elle fut dite et écrite à mainte reprise. Tchekhov serait d’ailleurs connu pour cela ; lui le bâtisseur de l’empire du néant.     WRONG SIDE IS THE RIGHT SIDE Défilé Louis Vuitton Eté 2007 par Marc Jacobs Pour penser le beau, sans le définir, au travers d'une chronique de mode, je me permets de citer Balzac dont la vision et la description de la beauté me font encore frissonner...     http://www.downinakedcity.com/article-18286991.html The Kills @ Bikini 2008-05-10T15:28:25Z 2008-04-01T00:00:00Z Dizzie Gillepsie http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Lorsqu'on m'a parlé pour la première fois du jeu de scène des Kills avec comme point d'encrage « la sensualité » j'en étais déjà persuadé tout en restant hors de la signification de ce mot. Il se trouve que les Kills c'est la sensualité elle-même, dans tout ce que ce mot a de restreint et d'infini. Il m'est assez difficile de savoir par où débuter cette critique, d'autant plus que je ne souhaite pas être exhaustive, je préfère l'exagération du récit entouré de mystère, la dimension poétique mêle au secret qui construise l'image d'un groupe, à la description parfaite donc inutile. « Deux voyageurs s'observent face à face. Tous deux ont les cheveux noirs. Ils boivent du café, fument des menthols interminables, écrasent méthodiquement chaque mégot dans un lourd cendrier en verre et regarde nerveusement l'horloge du coin de l'œil. » C’est ainsi qu’Alisson Mosshart décrit sa rencontre dans un hôtel avec Jamie Hince, de celle-ci naîtra The Kills (nom inspiré par les tueurs nés : Audry Maupin et Florence Rey). Des polaroids, des collages, des moleskines, des chambres d'hôtel et trois albums plus tard j’ai enfin l’occasion de les voir sur scène. VV apparait et commence à tourner sur scène comme une lionne en cage, se met a quatre pattes, mime de griffer le public avec sa main, essuie sa lèvre supérieure et se relève pour s'approcher de son micro avec qui elle ne fait déjà plus qu'un. Elle est tellement belle qu'elle parait irréelle. Habillée comme une bohémienne : foulard, veste en soir imprimé léopard, tee-shirt déchiré, slim et santiag, elle se dresse au-dessus de la foule comme Polly Harvey, le regard lointain, elle parait autant conquérante que sur le fil du rasoir. Hotel est égal à lui-même, typiquement anglais, veste noire et tee-shirt blanc, le regard fixe laissant entrevoir toute cette rage et cette intensité contenue dans un seul homme, sorte de Wilko Johnson des temps modernes. Des riffs et des spasmes. Atmosphère lourde et hypnotisante. URA Fever ouvre les hostilités. Alison et Jamie fascinent immédiatement, beaux et cruels, impérieux et timides ils se lancent dans une pétrifiante danse de désir, une perpétuelle provocation sensuelle. L'électricité ruisselle littéralement de la scène. Avec une grâce frénétique, Hôtel établit des riffs sursaturés que VV ressent simultanément, ses cheveux volent, ses poignets et ses hanches se cassent, quasi rituellement. Elle comble cet espace où personne ne peut, définitivement, empiéter, et donne l'impression « d'atteindre » le fond de la salle. Les Kills sont un rêve humide de rock, difficile d'ailleurs de penser qu'ils ne sont pas amants tant il se dégage de ce corps à corps, de leurs regards brûlants une sensation d'accouplement constamment désiré, repoussé, parfois déchirant. Tout cela est fondamentalement magnifique, comme toutes les passions non consommées, aussi superficielles qu'essentielles... Le son, s'il n'est pas surpuissant ce soir n'en est pas moins clair, les voix sont quant à elles parfaites. A chaque début de morceau, Hotel lance la boite à rythme, aucun répit, il ne faut pas laisser retomber cette ambiance oppressante dont la salle pleine à craquer se languit... Mais ce que j'attends, il faut le dire, ce sont les morceaux plus anciens, et là je dois l'avouer j'ai été assez déçu. Pour plusieurs raisons : d'abord, une grande partie de morceaux pour moi indispensables ne fait pas partie de la set-list. Pas de Cat Claw (impensable pour moi que cette chanson ne soit pas joué) et le son a quelque peu changé : moins crade hélas, moins brutal, moins minimaliste et plus électro, tranchant franchement par rapport aux opus précédents. Concernant le second album pas de Love is a deserter ni de I hate the way you love, encore une déception. Cependant chaque chanson m'a saisit au bas ventre et au coeur en même temps. Lors d'une entrevue avec Eddie Argos (Art Brut) nous avions posé la question suivante : « Le rock est-il condamnée à un éternel retour ? » La réponse est évidente avec les Kills, on ne peut absolument pas leur reprocher de manquer d'imagination puisqu’ils donnent l'impression de « s'efforcer » à faire quelque chose de différent et y arrive sans mal : « Nous avons tendance à écrire nos chansons en 15 minutes. » J’écris « sans mal » en me rappelant ces mots de Godard : « Dans la société parisienne d'aujourd'hui, on est forcé, à quelque niveau que ce soit, à quelque échelon que ce soit, de se prostituer d'une manière ou d'une autre... » en étendant facilement le concept à la société actuelle on peut penser que les Kills n'ont pas eu besoin de se « prostituer » pour réussir. Ils ont peiné à se faire reconnaître et on toujours fait en sorte d'être leur propre juge. Un concert d'une rare intensité et littéralement habité. VV n'est pas seulement une chanteuse remarquable, mais elle joue aussi merveilleusement un genre d'épilepsie scénique incarnant leur musique spasmodique ! Tandis que Motel installe des riffs pénétrants et puissants avec sa guitare au son bien crade. Totale complicité entre eux deux. Depuis le temps que certains voulait voir le rock mort et qu'on le retrouve toujours ici ou là, haletant, donc encore vivant... Il ne nous reste plus qu'à maudire ces programmes trop chargés qui nous font profiter de seulement 55 minutes de bonheur à l'état pur.        Dizzie (Tape) Gillepsie le 01.04.08  Envoyer à un ami  Commentaire (1) http://www.downinakedcity.com/article-18287055.html Tchekhov, La Cerisaie, sa représentation. 2008-04-11T22:34:55Z 2008-04-01T00:00:00Z Arthur E. Ginn http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html - Dès le début : d'un ennui ! …et il ne se passa rien. - Mais que voulez-vous  qu'il se passe ? - Que sais-je ? Une intrigue, une action ! - De l'action…comme dans votre vie ? - Non, plus …  - … -------- Oui, rien n'arrive dans une pièce de Tchekhov.  Pourquoi s'en étonne t-on encore ? La chose est connue, elle fut dite et écrite à mainte reprise. Tchekhov serait d'ailleurs connu pour cela ; lui le bâtisseur de l'empire du néant. Oui, rien n'arrive dans une pièce de Tchekhov. Pire, imaginez-vous, l'intrigue dans chacune de ses pièces est suspendue autour d'un seul élément : La cessation. Suspendue ? Non ! Le couperet est tombé bien avant l'acte premier. Ainsi Tchekhov est-il tragique, partageant avec le genre sa notion d'agonie. Les premiers pas du personnage tchekhovien sont marqués par la chute de l'épée de Damoclès et par la plaie qu'elle laisse béante. Plaie qu'on ne panse, ni ne soigne… La Cerisaie, comme ses autres pièces, est marquée par le sceau du fatalisme. Condamnation unanime pour immobilisme. Le passé n'est plus et le refus de s'adapter aux changements sociétaux est puni sévèrement et irrémédiablement. Chez Anton Tchekhov, point de geint cependant. Point de lyrisme, d'exaltation de sentiments, point de lutte acharnée contre ce fatalisme qu'on espère surmontable. Non, Lioubov Andréevna n'hurle au secours de personne ; se débattre contre ce fatalisme est pure perte, les personnages  tchekhoviens le savent.  - Résignation - Fatalisme conscient qui permet la vie dans cette cerisaie d'une Russie en plein changement. Renaud Matignon est subtil lorsqu'il parle de « trompe-la-mort », car tout est trompe-la-mort chez Tchekhov. Non qu'il y ait défi de la Mort, mais bien plus un ornement délicat, enjolivure, occupation de l'espace et du temps qui comble une attente épouvantable. Ici s'expliquent ces conversations simples et sans portées, mais surtout l'importance du silence ! Le silence est un aveu disait Euripide. Le silence chez Tchekhov c'est l'absence de tromperie, une lacune dans le divertissement, c'est l'aveu de résignation. Les personnages de La Cerisaie n'en sont pas des « âmes mortes », car certains survivent à cette cessation, aspect qui distingue d'ailleurs cette pièce des autres écrits de l'auteur. La possibilité d'un après, la jouissance du meilleur s'incarne par Trofimov et Ania notamment. La jeunesse espère, les anciens attendent. Pas de rythme. Les rires et les larmes dansent sur une musique sans tempo. Tchekhov est russe, il doutait du reste qu'une traduction française de La Cerisaie puisse passionner. « Ils ne comprendront ni Lopakhine, ni la vente de la propriété et ne feront que s'ennuyer » confie t-il à Olga Knipper en 1903. L'homme russe serait-il donc le seul être à comprendre son compatriote écrivain ? Question qui affleure, mais que je contourne égoïstement, tant je suis perméable à son théâtre. Une autre question surgit cependant à moi : Comment peut-on jouer La Cerisaie ? Ou, peut-on la jouer ? Car il y a débat. Controverse. Parangon de divergence. L'auteur est-il la référence sur son propre travail ? Est-il une sommité sur ses écrits ? … bien davantage, l'auteur a-t-il raison sur l'interprétation de ses œuvres ? « J'appellerai ma pièce une Comédie » écrit-il, « une comédie gaie. » On le sait aujourd'hui formellement, Anton Tchekhov n'a pas écrit une tragédie. La Cerisaie, une pièce burlesque ? Certes, certaines scènes frôlent le truculent, et la perspective lumineuse de certains personnages laisse présager une lueur d'optimisme et de renaissance. Si l'on considère en outre chaque interaction de personnages dans un cadre d'absolu, hors contexte, alors on rit ! On rit de l'attitude puérile de Gaev, et de son obsession pour le billard, on rit du valet de chambre Firs et de «  l'affranchissement des serfs » qu'il vit comme une déconfiture ; de la fougue de Trofimov, de la rigidité de Varia… « Tu retrouvais partout la vérité hideuse. »                                                           Musset Cette vérité hideuse, c'est en premier lieu la vente de la cerisaie, « sans la cerisaie je cesse de comprendre quoi que ce soit à ma vie. » (Lioubov Andréevna. Acte III). Personnifiée malgré son absence, elle domine les moindres gestes, les moindres silences. Personnage central, épicentre du séisme, la propriété trône par sa discrétion. Vérité donc, qu'est la vente. En ceci, sa prise en compte occulte le comique de mots pour une tragédie de situation. Mais la situation c'est également celle de la Russie de la fin du XIVe et du début du XXe. Le pays est alors en plein changement : Le règne de Nicolas II qui vient de débuter (1894) succède à celui d'Alexandre III est en gardera le caractère autocratique. Mais le pays est cependant en plein changement : le développement économique sous l'impulsion d'un décollage industriel initié par le ministre Witte marqua profondément et durablement la société russe. Le rôle des classes moyennes devint plus conséquent et leur niveau de vie s'améliora, au profit des paysans et ouvriers qui se paupérisèrent atrocement. Abandon à mes yeux d'une parure comique, La Cerisaie met en berne mon sourire lorsqu'on ne dissimule pas la Vérité. Mais il ne faut pas lire entre les lignes dans une pièce de Tchekhov, ironiquement, c'est d'ailleurs le contraire qui est de rigueur : «  Il [l'auteur] laisse flotter autour de chaque réplique un halo qu'il faut scrupuleusement respecter » (Cahiers Renault Barrault, 1954) La dichotomie Comédie - Tragédie s'illustrerait-elle dans une vision unidimensionnelle - bidirectionnelle ? L'une ne prenant en compte que l'intérieur, et occultant l'extérieur ? Donc, il y a débat ou plus littéralement divergence, confrontation. Tchekhov d'une part, Stanislavski et Dantchenko de l'autre ; ces derniers étant les fondateurs en 1897 du Théâtre d'Art de Moscou et metteurs en scène de quatre pièces d'Anton Tchekhov. « Ce n'est, contrairement à ce que vous affirmez, ni une farce, ni une comédie […] malgré mes efforts pour me maîtriser, j'ai pleuré comme une femme… » Stanislavski. « Nemirovitch [Dantchenko] et Stanislavski voient réellement autre chose dans ma pièce que ce que j'ai écrit et je peux jurer que les deux n'ont pas lu une seule fois attentivement ma pièce. » Tchekhov Cette vive querelle perdure encore. Chaque nouvelle représentation de La Cerisaie étant une prise de position sur le caractère de celle-ci. A ce jour, La Cerisaie revêt majoritairement un aspect tragique et déchirant, peu de metteur en scène ayant réussi à donner un ton comique franc et léger à cette pièce. Ainsi, personne ne joue de La Cerisaie comme Tchekhov l'avait écrite. -------- LA CERISAIE - Anton Tchekhov. Théâtre Sorano. Mise en scène Didier Carette et Olivier Jeannelle. Groupe Ex-abrupto. D.N.C. est de sortie. De ces réflexions mûrit l'appréhension. Moi qui lis Tchekhov comme je lirais Racine, je craignais qu'on n'abaisse La Cerisaie à un austère vaudeville. Humble partisan de Stanislavski et de sa méthode, je refusais qu'on condamne l'inconstance russe imprégnant la pièce à une inconstance occidentale. Je m'arrête sur ce dernier mot qui prête à confusion et qui voudrait me catégoriser comme un défenseur d'une Russie anti-occidentale et ultranationaliste qu'incarnent les dirigeants actuels du pays. Ce que je tente ici d'exprimer c'est ce sentiment qui est mien de la difficulté de voir jouer cette  inconstance autrement que par l'acteur russe. Celle-ci est caractéristique de cet Homme probablement plus fictif – littéraire – que réel,  qui passe du rire ou larme avec véracité, symbolisant « l'âme russe » et ce problème majeur de la Russie qu'est celui de l'identité. C'est avec ces doutes que j'entrai, mes compères à ma suite, dans le Théâtre Sorano. J'en sortirai content. Le décor est épuré voir simpliste mais utilisant la profondeur de l'espace pour distinguer action première et secondaire. Un rideau noir le scinde jusqu'à l'Acte II. Point d'artifice donc, et on comprend vite que c'est sur le seul discours, et le non-discours, que l'atmosphère va se créer ; fidèle à Tchekhov… D'une libre fidélité cependant, comme en témoigne Charlotta Ivanovna, la gouvernante, qui est ici un personnage anglophone à l'influence Shakespearienne et dont la relation d'origine avec Epikhodov est occultée. Grand regret en outre de voir le triomphe de Lopakhine clairsemé de mauvais hard-rock, musique non appropriée à cette jouissance, cette illustration de libéralisme, et cet assassinat du moujik qu'il était. Les acteurs sont indubitablement bons, tel ce Trofimov qui symbolise le début des insurrections russes avec l'avenir que l'on sait. (Lénine fonde « L'union pour la lutte pour la libération de la classe des travailleurs » en 1895.) Il m'apparaît cependant délicat pour ces acteurs de passer du rire aux larmes, de donner corps à ces individus jouant avec les trompe-la-mort, s'occupant à masquer fébrilement leur détresse et leur perte. Là se joue peut-être l'enjeux même de l'interprétation, et de l'art de la mise en scène ; ce passage si délicat de l'intrigue à la représentation de celle-ci. Entre fidélité et réappropriation se cache peut-être l'intérêt du théâtre. Pas de regard frôlant l'ethnocentrisme qui amènerait au « choc des civilisations », pas de théâtre russe pour acteurs russes donc, mais bien plus une œuvre centrale aux multiples ramifications. -------- « Les gens dînent, ne font que dîner et, pendant ce temps se construit leur bonheur ou se brise leur vie. », Tchekhov, Correspondance. Arthur E. Ginn le 01.04.08  Envoyer à un ami  Commentaire (3)   http://www.downinakedcity.com/article-18287333.html Disscusion sur Gerry et Into the wild 2008-03-30T23:24:38Z 2008-04-01T00:00:00Z Al Lebror + Arthur E. Ginn http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Al Lebror : Tu sais, E.Ginn, je crois qu'en sortant de cette salle de cinéma je n'étais plus un homme, ou du moins je n'étais plus dans le monde humain... Tu vois, c'est un peu ce que nous appellons familièrement « l'effet Ken Loach ». Je m'explique, enfin ne le prends pas pour toi, grand fou, mais je crois que nous sommes observés par certains qui aimeraient comprendre ce que nous entendons par-là. Cet effet entraîne une deconnexion partielle voir totale de la réalité, comme si après un moment si fort il fallait s'esquiver un peu et prendre un recul plus que vital. Je me suis toujours demandé à quoi cela pouvait être dû... Dans Into the wild il y un a tel questionnement des rapports de l'Homme et de la Nature que l'on ne peut rester indifférent. Adaptation? Domination? Au-delà de l'identification au personnage de Chris, est présente la notion trop sous-estimée de choix pour l'avenir que nous nous souhaitons. Arthur E.Ginn : Permets à ce grand fou d'apporter sa précision, je sens déjà que l'on perd nos auditeurs… Précision qui me permettra d'ailleurs d'introduire le second film. « L'effet Ken Loach » est un fait un terme bien général pour désigner l'impact qu'eut sur nous Le vent se lève : réaction physique d'effondrement pourrait-on dire. Je ne partageais ainsi qu'une partie de ton enthousiasme à la sortie de notre séance Into The Wild, l'ombre d'un second film obnubilant mes pensées : Gerry. Car ce premier volet de la trilogie de Gus Van Sant m'avait abasourdi. Comme toi mon capiteux ami, je n'étais plus un homme ! Mais bien au contraire, je devenais humain : un homme conscient de sa finitude et de son fragile statut. De ce lien immédiat entre ces deux films, se créa le souhait d'approfondir leurs thèmes transversaux ; c'est ainsi que nous voilà ici face à face, devant un thé à la camomille. Al Lebror : Il s'agirait plus d'une tisane à la camomille! A mon avis E.Ginn, ce qui t'abasourdit c'est l'homme et sa relation à la solitude, l'homme qui s'éloigne de lui-même pour, comme tu le dis, devenir humain. Tu te sentais attiré par les personnages présents dans Gerry ? Ou par le cadre dans lequel ils évoluaient? Je dois t'avouer que j'ai eu bien du mal à sentir la réelle intimité qu'ils sont amenés à partager, à les sentir proches dans l'épreuve. Au-delà de ça je les ai toujours sentis en compétition, ce que je veux dire par-là c'est qu'ils vivent leur relation à la solitude dans un conflit permanent lié à la notion de survie. La Nature est ici pensée comme un animal à jamais indomptable, autour duquel l'Homme est une infime chose. Alors je ne peux m'empêcher de penser à Macandless mettant tout en oeuvre pour faire corps avec... Là-dessus E.Ginn me coupa violemment la parole, (l'effet de la tisane sans doute) Arthur E. Ginn : Halte, Al ! L'homme et sa relation à la solitude est en effet un thème que l'on retrouve traité dans les deux films. Mais quitte à soutenir ton regard me jugeant sourcilleux voir tatillon je me dois de nuancer. Mon cher Lebror, reprendras-tu un petit biscuit ? Ce n'est pas l'homme et la relation qu'il entretient avec la solitude, vu ici comme deux entités distinctes, dans Gerry, c'est l'homme confronté avec sa solitude. Me comprends-tu ? Solitude, mais aussi finitude. Gerry fait l'expérience de l'humain, si j'ose dire. Mais ce qui me touche dans ce film, l'élément primordial, c'est que les deux Gerry sont amenés fortuitement à cette confrontation ontologique. Macandless chercha t-il ce que les Gerry ont trouvé par « malchance » ? Quitte à faire dans la répétition, je trouve important d'affirmer de nouveau que c'est ce caractère hasardeux qui me fit frissonner. C'est d'ailleurs ce que tu allais montrer il me semble, mais je t'ai coupé en pleine phrase, excuse moi. Nous devrions nous promener plus souvent en milieu désertique mon Lebror... Al Lebror (reprenant ses esprits) :  Je suis assez d'accord avec toi, E.Ginn, sur le fait qu'il faut considérer la solitude de l'Homme comme une partie constituante de son être. Mais alors ne peut-on pas souligner au travers des deux films des distinctions entre l'Homme seul face à soi-même et l'Homme seul face à l'Autre ? Car bien que les deux Gerry soient dans une certaine intimité forcée, ils sont confrontés à l'impossibilité de ressentir et de comprendre l'expérience vécue par l'autre... Tu vois comme si Gus Van Sant voulait mettre en relief un paradoxe des plus complexes : ce n'est pas la sociabilité qui serait le moteur de la relation à l'Autre mais le souhait d'une compréhension et d'une assumation de sa propre solitude. Aller vers l'Autre pour réfléchir sa solitude, voilà ce que j'ai pu apercevoir dans cette promenade désertique. Au contraire, Chris Macandless semble avoir eu besoin de s'éloigner de l'Autre pour chercher ses réelles motivations et par-là même se trouver. Comme si à l'instar de Van Sant, Sean Penn considérait que l'Homme devait s'en aller, s'isoler, pour comprendre sa solitude. Il m'a semblé que nous n'avions pas à faire à la même acception de la solitude dans les deux films. Là-dessus, dubitatif, E.Ginn remettant son monocle tombé dans sa tisane, beugla à peu près en ces termes : Arthur E .Ginn : …doux cabot sans tenue ni instruction, rejoins ton maître ! (D'un geste d'une souplesse de conifère Al Lebror attrape son Balthazar. S'en suit une furtive embrassade.) Autant je partage ta dichotomie sur la solitude dans les deux films, autant je n'adhère pas à cette division « l'Homme seul face à soi-même et l'Homme seul face à l'Autre ». En effet, et en partant du postulat que les Gerry sont effectivement deux êtres perdus, distincts – postulat qui pourra être discuté – je n'envisage pas leurs singuliers périples comme interpénétrants. La faible fréquence et la teneur des interactions en sont témoins. Ainsi, vois-tu, ils ne partagent à mes yeux que leur statut d'Etre – isolé. Je ne sais pas ce que sera ton avis sur la question, mais paradoxalement j'irais même juste qu'à dire que la présence de l'autre en devient encombrante et ce, sans faire référence à la scène finale. Je parle de paradoxe parce que les Gerry m'apparaissent voguer entre esseulement et interférence, d'où ce caractère gênant. Ainsi lorsque tu parles de leur impossible empathie respective, ce n'est certes pas faux, mais je rétorquerais que là n'est pas le but, au contraire. Selon cette perspective, Gerry partage avec Macandless une forme de rapport à la solitude, puisque c'est l'isolement qui permit dans les deux cas la compréhension de sa propre solitude. J'ouvre parallèlement un autre sujet de réflexion en te demandant si finalement, Chris Macandless ne s'ouvre pas à la solitude, et à ses conséquences, qu'à partir du moment où sa situation frôle le point de non-retour ? N'est-ce pas lorsqu'il se trouve dans une situation des plus extrêmes, et dans un sens la plus vraie, que commence son expérience ? Ne rejoindrait-il la condition des Gerry que dans ces moments-là ? Al Lebror (ayant terminé sa phase fusionnelle avec Balthazar) : Tu dis, mon cher, que la faible fréquence et la teneur des intéractions sont témoins d'un périple, à penser à l'opposé de l'interpénétrant. Mais alors comment perçois-tu la scène de course effrénée qui se déroule au début de leur voyage initiatique? Ils se cherchent perpétuellement et ce parce qu'ils sont tout simplement perdus et que l'Autre devient finalement un repère pour éviter l'isolement total! Ne vois-tu pas dans l'étoile que porte Casey Affleck le symbole d'une altérité qui se perçoit par la solitude mais qui se vit dans le partage, l'Autre est un repère que l'on ne peut négliger. C'est sûr que quand je vois que tu remues ta tisane avec ton dentier, je me dis que tu ne dois avoir une conception de l'Autre quelque peu différente de la mienne... Pour répondre à ta question, je crois que le point de non-retour est atteint dès son arrivée sur la piste Stampede. Chris part sans carte de la région, sans savoir que non loin de là il existe un moyen sûr de traverser la rivière et un abri rempli de victuailles. Finalement je pense que Macandless a pensé sa solitude dès son départ et même peut-être avant, et par-là s'éloigne de la condition des deux Gerry. Chez Sean Penn, le héros romantique n'est pas porté par un quelconque hasard, et en réfléchissant sur l'instant, je te demanderai de me préciser ce que tu trouves de hasardeux dans le film de Gus Van Sant? Est-ce un contre-sens d'y voir un choix de la part d'un des deux Gerry ? Arthur E.Ginn : Excuse ma franchise Al mais dois-je appeler quelqu'un pour qu'il te règle ton respirateur ou est-ce un problème avec ton nouveau sonotone ? Tu questionnes ma perception de la course amicale et masculine à laquelle se prête les Gerry ; Comment ne pas être d'accord avec toi et soutenir l'aspect interpénétrant, voir interdépendant de cette marche désespérée ?  Simplement en affirmant que leur statut d'Etre - isolé ne prend corps, évidence, qu'au moment de leur égarement ; au moment de la conscientisation de cet égarement devrais-je d'ailleurs dire. (Car il peut y avoir débat sur le moment exact où ils se perdent…) Tu dis, fort judicieusement, que l'Autre est le dernier rempart à l'isolement total, mais dans ce cas ci, Gerry ne revêt-il pas un caractère néfaste pour l'autre Gerry, puisqu'il est à la fois un être-à-la-charge (à se débarrasser ?) et une source d'isolement supplémentaire - car ses choix ne sont pas forcément les bons. En se séparant, ils avaient plus de chance de trouver une issue positive, disons, collectivement ; mais par cette séparation - entendre ici définitive - ils avaient également probablement plus de chance de s'en sortir individuellement. Selon cette perspective, l'étoile sur le vêtement de Casey Affleck symbolise l'étoile du berger - moyen d'orientation vital lorsqu'on ne possède rien d'autre - mais pénalisant car déstabilisant lorsqu'elle se meut … Concernant Chris Macandless je ne partage décidément pas ta vision. Quitte à être trop pédant, le point de non-retour s'atteint seulement lorsqu'on ne peut faire demi-tour, ainsi ce n'est pas sur la piste Stampede qu'il débute, mais bien lorsque Chris n'a plus assez de force pour rentrer sans risque de mourir en route !Il est vrai que je n'ai pas précisé assez ce que tu nommes comme « hasard » dans Gerry, mais tu viens justement d'y répondre bien malgré toi. Il s'agit tout simplement du fait que les Gerry n'étaient pas préparés à cette marche qui s'est avérée funèbre, pas de préparatif tant matériel que psychologique. Antinomie du « héros romantique » pour reprendre tes termes, qu'illustre Gerry. La banalité des personnages rajoute de l'émotivité du film, là où Sean Penn construit ce héros qu'est Chris. C'est d'ailleurs l'un des critiques que certains journalistes ont adressé au film, critique que je ne partage pas. Rappelons s'il le faut que Gerry et Into The Wild sont tirés de faits réels. Arthur E. Ginn et Al Lebror le 01.02.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0) http://www.downinakedcity.com/article-18287358.html The Virgin Suicides 2008-04-01T00:00:31Z 2008-04-01T00:00:00Z Dizzie Gillepsie http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Retour en arrière, il y a vingt-cinq ans, une petite ville du Michigan. Sofia Coppola était alors toute petite, deux ans. Son film, The Virgin Suicides, prend corps, comme on le dirait d'une écriture ou d'une texture à travers le récit (le roman) d'un autre. La voix off d'un garçon relate au nom du collectif de jeunes mâles qui, dans ces années 70, passaient le plus clair de leur temps sur le trottoir d'en face à guetter et à observer de l'extérieur les cinq sœurs Lisbon, leurs apparitions, merveilleux fondement de leur existence. Ayant pour incidence de faire sentir à cette petite clique de jeunes voyeurs où se trouvait leur propre corps et à quelle variante sexuelle ils aspiraient. Le point de vue, souvent ironique, de Sofia Coppola imprime fermement une distance, celle de la fiction des souvenirs par rapport à l'histoire qu'elle met en scène. A l'instar du garçon narrateur, en tant que témoin invisible, elle prend en charge le récit. Cette voix à peine masculine promet le récit d'un mystère. Elle parle pour avoir survécu, laissant le champ livre aux premiers pas de Sofia qui s'immisce comme une ombre, grâce à une formidable science du rythme et à un art de la division de l'espace. Cette voix à la fois dans le vif du cinéma et dans l'inertie d'une histoire qu'elle met en lambeaux, découpe en moments de récit avec une drôle de vivacité. Après le suicide de Cecilia la plus jeune des sœurs, qui inaugure le film, les autres forment ensemble une belle, inquiétante et lascive composition, assises sur un tapis dans les bras les unes des autres à écouter des disques, soudées. Cette alliance provocante que formulent sans un mot leurs regards est ambivalence, incarnant à la fois une forme d'attente, d'accueil, et son contraire, le danger, la défense d'entrer sous peine de quelques sévices. Les garçons - les survivants à la terrible punition que les filles leur ont infligée, ne se lassent pas de souvenir. Par exemple, ils avaient du mal à croire que ces créatures enchanteresses aient pu être procréées par des parents aussi flous et peu sexys (James Woods et Kathleem Turner, très convaincants, l'un en prof de maths et l'autre en bigote hystérique). D'où ces icônes d'un temps déjà révolu surgissent-elles ? Sur le seuil du pavillon familial, des pentes de son toit au jardinet désolant ouvert sur la rue longée d'ormes « à abattre » : les lieux sont fébriles et agités, envahis en leurs moindres recoins de flux sensibles et invisibles. Des couloirs du collège que fréquentent ces cinq sœurs convoitées, au bal de fin d’année, les jeunes filles jolies, séparément très normales vivent constamment encombrée et enfermées par le regard des autres. Des garçons qui les épient et les pillent, de leur parents et des voisins, d'une collectivité épuisante qui évide les êtres de toute substance ou force personnelle, il ne restera rien. L'étonnant c'est la manière dont Sofia Coppola les filme, l'ondoyante Lux dont l'image hante le cadre - comme si, redevenant la petite fille qu'elle était en ce temps-là, elle se dispensait de tout commentaire psychologique - observant et enregistrant le passage régulier de fantômes, de corps vides, dont la vie (intérieure) est inaccessible. A l'exception de Cecilia qui se suicide la première, dont la présence est fugitive mais réelle, dont on distingue la chambre (un univers burtonien) et que l'on a l'étrange occasion de voir morte à deux reprises. Survivante blessée et incurable, entre deux suicides, Cecilia n'envisage sérieusement aucun interlocuteur : le face à face avec le psychologue chez qui ses parents l'ont envoyée, puis l'idiot souriant lors de la boum et les bracelets scotchés par ses sœurs à même les pansements qui serrent ses poignets, sont autant de signes de cette défaillance et de sa désaffection. Les hors-champ de The Virgin Suicides tiennent en cette phrase qu'elle prononce à l'intention du docteur : « manifestement, vous n'avez jamais été une fille de treize ans », et qui s'adresse au monde entier a la défaillance d’une mémoire enfantine. Quand on a été une fille de treize ans, on s'empresse de l'oublier. Cecilia reste pour toujours une fille de treize ans et quitte le film en flottant à l'horizontale soutenue par son père dans l'air de la nuit. Ce sont les deux uniques personnages du film, les autres sont des figures, des fantômes. On pense à Sweetie de Jane Campion. Après avoir écrit avec son père le merveilleux Life without Zoe, Sofia Coppola met en scène son premier long avec une tonicité et un élan bouleversant, avec l'attention aiguë d'une personne convaincue que le monde a besoin du cinéma. Pour quoi faire ? Peut-être pour en créer la continuité, un ailleurs également catastrophique, mais aussi pour  représenter, plus vif, plus drôle, plus amer, à l'aide d'un montage scandé, un espace de figuration qui capture et prolonge une période et en réinvente la durée. En l'occurrence, ce temps dense, inécoutable, excité, hébété et traumatique de la promiscuité obligée de l'adolescence et de son pendant non moins convenu, la dérélection. Sofia Coppola, en mettant à l'écart (hors-champ) ce qui vient avant l'enfance, nous livre une vision sans miséricorde de l'adolescence comme celle d'un étau temporel et d'un terrain balisé, qui fige la vie dans une cadence répétitive, une suite de trajets mécaniques et avortés vers les autres, qui casse tout cheminement individuel. Dès le départ au courant de ce qui va se dérouler (l'enchainement des suicides), le spectateur s'intéresse instantanément à ce qui est caché, à ce qui ne constitue pas cette suite calamiteuse d’événements et à ce que le film rend inconnaissable, c'est à dire à ces personnages lumineux et opaques (les sœurs), sans cesse entrevues, et au désastre qui les habite. L'angle anecdotique du fait divers est fugacement mis en abyme par l'irruption systématique, sur les lieux d'une journaliste de télévision, tel le couteau dans la plaie (comme chez Wes Craven) à l'affût du moindre dysfonctionnement. Le monde n'a pas besoin de la télévision pour informer de la tragique et ironique disparition des cinq soeurs, de leurs suicides au cours d'une seule année. Ce qui informe, c'est ce qui donne une forme, le cinéma de Sofia Coppola permet d'emblée cette double incarnation, la voix du garçon, l'image de la fille, d'abord séparées puis collées ensemble. Représenter cet âge là (Kids de Larry Clark), c'est plonger dans le malaise, dans le malpropre, s'engager, non sans une certaine morbidité, entre deux affects, dans le fil narratif d'événements qui allient l'horreur, la phobie des situations, la brutalité de la confrontation avec ses premiers désirs sexuels (l'image, ce que j'appellerai : « l'obscénité naturelle de la jeunesse ») à la jouissance (le conte, la régression, le retour en arrière). Dizzie (Lux) Gillepsie le 01.04.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0) http://www.downinakedcity.com/article-18287692.html Wrong side is the right side 2008-04-01T00:00:30Z 2008-04-01T00:00:00Z Al Lebror http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Pour penser le beau, sans le définir, au travers d'une chronique de mode, je me permets de citer Balzac dont la vision et la description de la beauté me font encore frissonner: « Sa figure, toute espagnole, brune de ton, peu colorée, ravagée par la petite vérole, arrêtait le regard par la perfection de sa forme ovale, dont les contours conservaient, malgré l'altération des lignes, l'infini d'une majestueuse élégance et qui réapparaissait parfois tout entier si quelque effort de l'âme lui restituait sa primitive pureté. Le trait qui donnait le plus de distinction à cette figure mâle était un nez courbé comme le bec d'un aigle et qui trop bombé vers le milieu semblait intérieurement mal conformé, mais il y résidait une finesse indescriptible. La cloison des narines en étaient si minces que sa transparence permettait à la lumière de la rougir fortement; quoique les lèvres larges et très plissées décelassent la fierté qu'inspire une haute naissance, elles étaient empreintes d'une bonté naturelle et respiraient la politesse. On pouvait contester la beauté de cette figure à la fois vigoureuse et féminine mais elle commandait l'attention. » Le concept de culture dominante tente d'imposer l'argument irréfragable d'une diversité pensée comme pathologique. Ce qu'il faut entendre par là, c'est que l'Homme, ensemble de virtualités qui s'actualisent chaque jour, devrait se concevoir comme une entité constante et indivisible... Uniformiser pour se permettre de poser une main toute-puissante sur les libertés de chacun, voilà l'état actuel des choses. Alors si Marc Jacobs débute ses défilés en retard, débute par la fin, bouscule l'ordre établi, c'est avant tout parce qu'il fait partie des vertueux qui réinventent l'Homme en chaque instant, qui vivent leur folie créatrice sans penser que pour une majorité elle est folie démoniaque, et qui surtout incrustent dans l'instant ce que l'avenir lui-même n'aurait pu imaginer comme horizon. Défilé Louis Vuitton été 2007. Le déconstructif devient le point d'orgue de la création et se meut sur des corps qui pourraient représenter à eux seuls une beauté décomplexée et peu regardante des yeux avides de normalité. Voilà déjà un des traits à retenir, le beau semble affaire de singularité. Passer son vêtement à l'eau de javel peut rebuter, cela se comprend, mais par-delà nos peurs, n'y a t-il pas ici une mise à jour de l'inhumanité qui existe à l'intérieur de chacun de nous? Si Arthur E.Ginn veut questionner la cause des lectures du marquis de Sade, et questionner quelque part la beauté de ce qui à l'époque était considéré comme laid, il faudra peut-être qu'il prenne en compte le fait que celui-ci a sans doute voulu montrer que le dépassement de l'aporie Bien-Mal, Beau-Laid, se situe à l'intérieur de l'Homme lui-même, qu'elle existe bien mais se cache, et qu'elle doit se fonder sur une morale dénuée d'intérêt politique. Ce dépassement se pense sans avenir de vouloir gouverner l'Homme.   La fleur, symbole du romantisme ou d'une certaine intériorié physique révélée, est écrasée, coupée, se décline en papier d'emballage de boucherie ou en cellophane... Et reste belle. Voilà qui amène à repenser la beauté. Est-elle à mettre en relation avec l'amour comme le laissent entendre les mots « LOVE » imprimés en gros lettrage sur les débardeurs de la collection? Tout n'est peut-être pas aussi linéaire et implicite... Il y a une perception de la beauté qui ne se révèle qu'au travers du décalage entre les couleurs des vêtements et celles des accessoires. On passe aisément de la pâleur des robes découpées volontairement à l'éclat de certains sacs composés à partir de surperpositions d'autres Vuitton plus anciens. La femme, comme le disait Georges Vigarello, révèle ses humeurs par sa transparence et souligne son indépendance par ses attributs symboliquement décomplexés. A Dizzie Gillepsie qui me disait qu'elle trouvait que la mode n'était pas un sujet très enrichissant, je répondrais qu'il est intéressant de tout décomposer et de trouver les nombreuses références auxquelles une pièce de la collection fait référence ; et que tout comme les autres milieux artistiques, la mode se définit par des influences que l'on peut analyser et comprendre. Citons pour ce défilé Yayoi Kusama grande amatrice des pois en tout genre et artiste contemporaine japonaise ayant participé au développement du psychédélisme et du pop art. Je m'en veux de m'être un peu laissé porter dans cette chronique, et promets de prendre le temps nécessaire à de plus grandes connaissances et références sur un tel sujet . Lébrorement vôtre, Al.  Al Lebror le 01.07.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0) http://www.downinakedcity.com/article-18287723.html A nos instants dérobés. Petit recueil de ma folie. 2008-04-01T00:00:30Z 2008-04-01T00:00:00Z Al Lebror http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Et je crains qu'en ces heures il ne soit animal Cet homme au plumage si fragile et de jais Les femmes ont causé tant de maux tant de mal A ce bel empereur des instants dérobés S'il fallait aujourd'hui concevoir une beauté que je ne puisse capturer, ne serait-ce qu'un instant, alors j'aimerais perdre sans regret et sur l'heure tous mes sens, car ils seraient devenus de bien futiles choses. Ne plus jamais pouvoir penser à cette vaine envie de conquêtes infinies, et errer ici-bas en espérant tristement mon heure. Mais aujourd'hui, quelque part engoncé dans un appartement aux allures plus que religieuses, je me prends à rêver que je ne vais point soigner le mal qui me ronge, que je ne vais point me battre pour détruire ce qui chaque jour m'alimente; mais que bien au-dessus de tout ça, avec une once de prétention, je voudrais vous le faire partager, vous le faire aimer.  J'ai choisi d'arracher quelques pages d'ailleurs, de mon journal et d'ailleurs, un des êtres avec qui j'entretiens une relation unidimensionnelle; et je crois qu'il s'agit d'un lien terrifiant, car même si je suis le seul à pouvoir lui donner vie, il sait me faire mentir, il multiplie mes personnalités et surtout il prétend me les faire apprécier ou détester, c'est en cela qu'il m'horrifie. Comprenez bien aussi, avant de me lire, que la possession d'une beauté peut se faire de maintes et maintes façons et que pour mieux situer l'étendue de la chose, nous pourrions la comparer à l'exploration de l'univers... y a t-il une chose qui vous paraisse plus contradictoire que de courir après une connaissance sans limite alors que notre condition nous inflige chaque jour des preuves indiscutables de notre finitude? Mon projet se fonde sur les contradictions humaines, ou au moins sur les miennes... Prenez-les, démélez-les, mais je vous en prie n'en faites pas de bien pâles certitudes. Je ne m'engage pas non plus à vous définir la beauté en elle-même car il me faudrait plus d'expérience et plus de prétention, mais j'offrirai je l'espère une vision opportuniste de celle-ci, comme si chacun, en observant avec intérêt ce qui l'entoure, était capable de la déceler ou même de la créer. Je désire lever le voile qui vous trompe et vous rend laid, un voile de préjugés et d'égoïsme qui vous ferait marcher sur une plage déserte sans prendre le temps de vous enfoncer dans le sable qui souhaite vous carresser sans attente de retour. Voilà à quoi peut se résumer une parcelle de mon existence, aimer une chose que je sais belle sur l'instant mais qui ne le sera plus lorsque j'aurai su la découvrir. Il vous faut bien comprendre que je constitue un être au travers de qui la curiosité se meut par excellence, avec un brin d'insouciance et d'optimisme j'appréhende un monde peu humaniste, et aime à me dire que chaque personne croisée, que chaque nouvel endroit découvert, me construit et me donne l'envie de nouveauté. Il vous faut comprendre aussi que vous êtes nouveauté. Ce recueil ne se veut donc pas exhaustif, il semble tout au plus vouloir montrer que le beau ne l'est que quand il se dérobe à l'autre. Si vous me pensez malade, alors mon écriture n'aura servi à rien, tout au plus à mal vous divertir; mais je crains que si vous trouviez mon plaisir commun et plus qu'insipide, alors vous ne soyiez vous aussi atteint de cette passion pour ce que je me permets d'appeler les instants dérobés.   Al Lebror le 01.02.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0) http://www.downinakedcity.com/article-18330746.html From the Ritz to the Rubble 2008-04-01T01:16:59Z 2008-04-01T00:00:00Z Dizzie Gillepsie http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html C'est à l'extérieur du Ritz que les performers « Il faut brûler pour briller » ont dû finir leur show. Presque mis à la porte par le célébre hôtel de la place Vendôme, « presque » car c'est en effet Youness Anzane organisateur de la manifestation qui a décidé l'arrêt des performances, pour cause le comportements insultant de certains spectateurs envers les performers. La direction de l'hôtel demande aux artistes d'évacuer calmement. Parmi les performers annulés, des comédiennes décident alors de sortir seins nus, par la grande porte... Une vidéo trés instructive ou comment poser des questions sans cesse omniprésente dans le milieu de l'art, notamment celle qui me vient directement à l'esprit : La sensibilité artistique demande-t-elle à être éduquée ? Pour y rèpondre, (dans un premier temps) je dirais que cette sensibilité ne se résume pas à la connaissance, ni au jugement mais qu'elle est aussi une simple réaction, sorte de « reflexe » à un stimulus... En ce sens l'éducation n'est pas nécessaire. Toutefois, l'éducation artistique peut être conçue comme un acte non dirigiste : elle ouvre simplement de nouveaux champs d'exploration dans la découverte d'une oeuvre d'art, en mettant en lumière des aspects, des contextes, des symboles qui ne se révèlent pas a priori... une certaine part de sensibilité nécessite d'être éduquée pour appprécier une oeuvre d'art sous un aspect disons, plus fouillé. Autant dire, pas comme dans cet article... Dizzie (nude) Gillepsie le 08.01.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0) http://www.downinakedcity.com/article-14830866.html ISSUE #12 2008-05-10T15:09:04Z 2008-03-10T00:01:00Z Down in naked city http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html  ISSUE #12 LAST POST De l'intérêt de ton hasard Carla Van de PuttelaarTe couronner... Encore... Et encore... Itinéraire d'un enfant gâté Faster Pussycat, Kill! Kill!Destination inconnue Crédit photo : Igor Termenón  En direct des blogs                                                                                      + Al Lebror              Après l'amour+ Arthur E. Ginn       Poetry + Dizzie Gillepsie      Smokey coffees, cozy sweaters, crisp air   A la une  CARLA VAN DE PUTTELAAR  Exposition - Carla van de Puttelaar au Château d'eau Oh mon capiteux ami ! Toi qui ériges l'Empire sur l'instant dérobé, et bruis l'éloge d'un Deux par l'abandon d'un Moi... Transcendance et intégrité.   DE L'INTERET DE TON HASARD  Retour sur « De l'intérêt du hasard » Manque authentique d'imagination. Gloire de la désillusion ? Cette vie d'homme que l'amie Gillepsie détaille avec un détachement qui côtoie parfois une affectueuse omnipotence. TE COURONNER...ENCORE...ET ENCORE...   Emile Ajar m'inspira ces quelques lignes. Mamie Lucie naquît dans les années 1930 dans une région du globe plutôt bien fournie en soleil. De ce fait un halo de chaleur s'est vite imprégné sur ses traits, c'était une belle femme.    ITINERAIRE D'UN ENFANT GATE  Itinéraire d'un enfant gâté de Claude LelouchComment l'être humain peut-il être amené à considérer l'abandon de ce qu'il aime le plus au monde comme la seule possibilité de pérennité de cet amour ?      DESTINATION INCONNUE  Réponse au billet d'Arthur E. Ginn Je marche agréablement sur un quai, avec un ami. Nous parlons ensemble de la théorie du chaos, Peut-être l'ami est-il le chaos lui-même.     FASTER PUSSYCAT, KILL! KILL!  Halte à l'intellectualisme primaireGloire aux actes viscéraux. Loin de moi l'idée de ne pas porter de l'intérêt a ce que j'écris mais bien plus de prendre du plaisir à lire le désespoir sur les mines déconfites de mes collaborateurs.      . http://www.downinakedcity.com/article-17577071.html Destination inconnue 2008-05-10T15:09:53Z 2008-03-10T00:00:00Z Dizzie Gillepsie http://www.over-blog.com/profil/blogueur-419600.html Je marche agréablement sur un quai, avec un ami. Nous parlons ensemble de la théorie du chaos, Peut-être l'ami est-il le chaos lui-même. Je sens avec un intérêt croissant qu'au point de la conversation où nous sommes parvenus, nous allons aborder la question des coïncidences, et j'attends avec une sorte d'impatience que ce mot, auquel je tiens, sorte de sa bouche. Mais il arrête alors notre progression, se tourne vers moi, et me dit, comme en réponse à cette attente qu'il devine, et au terme d'une réflexion dès longtemps élaborée : Je ne pense pas qu'il faut ici parler de coïncidences, il s'agit de hasard. Comme une réponse à ce rêve mais aussi afin de faire écho à la critique d'Arthur E. Ginn je décide d'aller dans un café afin de reproduire le même « schéma » qui m'a poussé à écrire De l'intérêt du hasard. Nette modification, le sujet choisi se verra remettre le texte écrit. Ceci est une lettre trouvée dans le journal intime de Victor.  Hier soir, j'aurais bien mis en poche la toile de Modi... J'ai pensé à toi à ce moment-là ! Des émotions fortes. Lever la main, lever la main ! Ce sont des peintures, ces teints de bleu horizon qui hurlent à nos oreilles, ces douloureuses prises de conscience, fleurs en mal et femmes modernes prises à vif. Oui ! Ce sont des PEINTURES (mon cœur s'accélère) (de plus en plus rauque) prises par ceux qui se pavanent, grenouilles de bénitier obèse, PEINTURES DANS L'ESPRIT DU SIECLE, le flou artistique, l'amnésie et la confusion, le pinceau incertain, la fierté dissoute, etc. Etre PEINTRE, c'est être capable d'imaginer que nous entendrons toi et moi grésiller la chair de nos mains sur une poêle. Dimanche 2 mars J'ai roulé vers rien toute la nuit. Accompagné de cette femme que je désirais depuis qu'elle était entrée dans ma voiture. Je ressentais constamment en moi ce petit coup au cœur quand la lumière s'éteint et qu'un film commence. Elle avait les cheveux blonds comme dorés par le sel de mer et ces lèvres charnues me paraissaient brûlantes. Elle s'agitait, changeait de position, allumait une cigarette, souple et petite. Je profitais parfois de changer de vitesse pour toucher ces jambes. Elle était différente. Prenait ostensiblement en photo les rails sur le bord de l'autoroute, je ne comprenais pas vraiment pourquoi. Elle disait chercher sa boite à musique, celle dont elle rêvait depuis petite, ronde et en bois vernis avec une petite danseuse à l'intérieur et une mélodie qui lorsqu'on ferme les yeux nous emmène sur le sommet de l'Himalaya avec un vent froid qui vous pousse de l'avant. Puis elle se taisait, elle restait là dans le rien, dans l'attente, dans le néant qui semblait la construire, l'esprit vague, elle continuait à prendre en photo les rails.   Moi, je regardais sans arrêt ma montre. Crédit : Igor Termenón Lundi 3 mars Je me suis arrêté un instant à la gare. Quand j'ai refait surface, la fille avait disparu. J'ai balayé du regard l'étendue ocre béante devant moi, la voie ferrée filait droit vers les peupliers. Un groupe de jeune longeait la clôture, l'intention d’aller jusqu'au bout. Voici le pèlerinage que je ne ferai pas, me suis-je dit. La marche d'un bon pas vers la barre grise des arbres, les chaos de béton hérissés de fer, les fosses, et les flammes. L'immobilité du corps, le regard : telle est ma manière. Elle avait griffonné quelque chose d'illisible en lettre majuscule sur mon carnet, sans doute ces mots : « CE SONT LES ETAPES ET NON LES MONTRES QUI FABRIQUENT LE TEMPS. »     Mardi 4 mars J'ai dormi dans ma voiture à côté de la gare, j'ai entendu les trains. Ils s'annoncent par une sourde rumeur, un grondement lancinant, issu de l'obscurité. On songe à ces galops de troupeaux qu'on détecte en collant l'oreille sur la terre. Puis le fer frotte le fer, la rumeur se met à grincer, et s'en détache une articulation, une cadence implacable, accentuée sur la première note. Les portes vibrent, et la banquette sur laquelle on est couché. Déjà, le grincement s'éloigne. Destination inconnue.   Tout comme celle du sujet et pourtant, aujourd'hui encore je sais que je peux le retrouver. Il froncera sans doute les sourcils quand je lui tendrais mon texte, se caressera le menton d'un air perplexe. Ses doigts fébriles agiteront les feuillets. Sa bouche esquissera une grimace et il se raclera la gorge. Je tenterai alors de me justifier en évoquant le manque de temps. Puis il m'interrompra, et en moi la crainte et l'envie, de connaître la vision d'autrui, se mêleront. Dizzie (Cadillac) Gillepsie le 10.03.08  Envoyer à un ami  Commentaire (0)