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Pour penser le beau, sans le définir, au travers d'une chronique de mode, je me permets de citer Balzac dont la
vision et la description de la beauté me font encore frissonner: « Sa figure, toute espagnole, brune de ton, peu colorée, ravagée par la petite vérole, arrêtait le regard par la
perfection de sa forme ovale, dont les contours conservaient, malgré l'altération des lignes, l'infini d'une majestueuse élégance et qui réapparaissait parfois tout entier si quelque effort de
l'âme lui restituait sa primitive pureté. Le trait qui donnait le plus de distinction à cette figure mâle était un nez courbé comme le bec d'un aigle et qui trop bombé vers le milieu semblait
intérieurement mal conformé, mais il y résidait une finesse indescriptible. La cloison des narines en étaient si minces que sa transparence permettait à la lumière de la rougir fortement; quoique
les lèvres larges et très plissées décelassent la fierté qu'inspire une haute naissance, elles étaient empreintes d'une bonté naturelle et respiraient la politesse. On pouvait contester la beauté
de cette figure à la fois vigoureuse et féminine mais elle commandait l'attention. »
Le concept de culture dominante tente d'imposer l'argument irréfragable d'une diversité pensée comme pathologique. Ce qu'il faut entendre par là, c'est que l'Homme, ensemble de
virtualités qui s'actualisent chaque jour, devrait se concevoir comme une entité constante et indivisible... Uniformiser pour se permettre de poser une main toute-puissante sur
les libertés de chacun, voilà l'état actuel des choses.
Alors si Marc Jacobs débute ses défilés en retard, débute par la fin, bouscule l'ordre établi, c'est avant tout parce qu'il fait partie des vertueux qui réinventent l'Homme en chaque instant, qui
vivent leur folie créatrice sans penser que pour une majorité elle est folie démoniaque, et qui surtout incrustent dans l'instant ce que l'avenir lui-même n'aurait pu imaginer comme horizon.
Défilé Louis Vuitton été 2007. Le déconstructif devient le point d'orgue de la création et se meut sur des corps qui pourraient représenter à eux seuls une beauté décomplexée et peu regardante
des yeux avides de normalité. Voilà déjà un des traits à retenir, le beau semble affaire de singularité. Passer son vêtement à l'eau de javel peut rebuter, cela se comprend, mais
par-delà nos peurs, n'y a t-il pas ici une mise à jour de l'inhumanité qui existe à l'intérieur de chacun de nous? Si Arthur E.Ginn veut
questionner la cause des lectures du marquis de Sade, et questionner quelque part la beauté de ce qui à l'époque était considéré comme laid, il faudra peut-être qu'il prenne en compte le fait que
celui-ci a sans doute voulu montrer que le dépassement de l'aporie Bien-Mal, Beau-Laid, se situe à l'intérieur de l'Homme lui-même, qu'elle existe bien mais se cache, et qu'elle doit se fonder
sur une morale dénuée d'intérêt politique. Ce dépassement se pense sans avenir de vouloir gouverner l'Homme.
La fleur, symbole du romantisme ou d'une certaine intériorié physique révélée, est écrasée, coupée, se décline en papier d'emballage de boucherie ou en cellophane... Et reste belle. Voilà qui amène à repenser la beauté. Est-elle à mettre en relation avec l'amour comme le laissent entendre les mots « LOVE » imprimés en gros lettrage sur les débardeurs de la collection? Tout n'est peut-être pas aussi linéaire et implicite... Il y a une perception de la beauté qui ne se révèle qu'au travers du décalage entre les couleurs des vêtements et celles des accessoires. On passe aisément de la pâleur des robes découpées volontairement à l'éclat de certains sacs composés à partir de surperpositions d'autres Vuitton plus anciens. La femme, comme le disait Georges Vigarello, révèle ses humeurs par sa transparence et souligne son indépendance par ses attributs symboliquement décomplexés.
A Dizzie Gillepsie qui me disait qu'elle trouvait que la mode n'était pas un sujet très enrichissant, je répondrais qu'il est intéressant de tout décomposer et de trouver les nombreuses
références auxquelles une pièce de la collection fait référence ; et que tout comme les autres milieux artistiques, la mode se définit par des influences que l'on peut analyser et comprendre.
Citons pour ce défilé Yayoi Kusama grande amatrice des pois en tout genre et artiste contemporaine japonaise ayant participé au développement du psychédélisme et du pop art.
Je m'en veux de m'être un peu laissé porter dans cette chronique, et promets de prendre le temps nécessaire à de plus grandes connaissances et
références sur un tel sujet . Lébrorement vôtre, Al.
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