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Lorsqu'on m'a parlé pour la première fois du jeu de scène des Kills avec comme point d'encrage « la sensualité » j'en étais déjà persuadé tout en restant hors de la signification de ce
mot. Il se trouve que les Kills c'est la sensualité elle-même, dans tout ce que ce mot a de restreint et d'infini. Il m'est assez difficile de savoir par où débuter cette critique, d'autant plus
que je ne souhaite pas être exhaustive, je préfère l'exagération du récit entouré de mystère, la dimension poétique mêle au secret qui construise l'image d'un groupe, à la description parfaite
donc inutile.
« Deux voyageurs s'observent face à face. Tous deux ont les cheveux noirs. Ils boivent du café, fument des menthols interminables, écrasent méthodiquement chaque mégot dans un lourd cendrier
en verre et regarde nerveusement l'horloge du coin de l'œil. » C’est ainsi qu’Alisson Mosshart décrit sa rencontre dans un hôtel avec Jamie Hince, de celle-ci naîtra The Kills (nom inspiré
par les tueurs nés : Audry Maupin et Florence
Rey). Des polaroids, des collages, des moleskines, des chambres d'hôtel et trois albums plus tard j’ai enfin l’occasion de les voir sur scène.
VV apparait et commence à tourner sur scène comme une lionne en cage, se met a quatre pattes, mime de griffer le public avec sa main, essuie sa lèvre supérieure et se relève pour s'approcher de
son micro avec qui elle ne fait déjà plus qu'un. Elle est tellement belle qu'elle parait irréelle. Habillée comme une bohémienne : foulard, veste en soir imprimé léopard, tee-shirt déchiré, slim
et santiag, elle se dresse au-dessus de la foule comme Polly Harvey, le regard lointain, elle parait autant conquérante que sur le fil du rasoir. Hotel est égal à lui-même,
typiquement anglais, veste noire et tee-shirt blanc, le regard fixe laissant entrevoir toute cette rage et cette intensité contenue dans un seul homme, sorte de Wilko Johnson des
temps modernes.
Des riffs et des spasmes. Atmosphère lourde et hypnotisante. URA Fever ouvre les hostilités. Alison et Jamie fascinent immédiatement, beaux
et cruels, impérieux et timides ils se lancent dans une pétrifiante danse de désir, une perpétuelle provocation sensuelle. L'électricité ruisselle littéralement de la scène. Avec une grâce
frénétique, Hôtel établit des riffs sursaturés que VV ressent simultanément, ses cheveux volent, ses poignets et ses hanches se cassent, quasi rituellement. Elle comble cet espace où personne ne
peut, définitivement, empiéter, et donne l'impression « d'atteindre » le fond de la salle. Les Kills sont un rêve humide de rock, difficile d'ailleurs de penser qu'ils ne sont pas amants
tant il se dégage de ce corps à corps, de leurs regards brûlants une sensation d'accouplement constamment désiré, repoussé, parfois déchirant. Tout cela est fondamentalement magnifique, comme
toutes les passions non consommées, aussi superficielles qu'essentielles... Le son, s'il n'est pas surpuissant ce soir n'en est pas moins clair, les voix sont quant à elles parfaites. A chaque
début de morceau, Hotel lance la boite à rythme, aucun répit, il ne faut pas laisser retomber cette ambiance oppressante dont la salle pleine à craquer se languit... Mais ce que j'attends, il
faut le dire, ce sont les morceaux plus anciens, et là je dois l'avouer j'ai été assez déçu. Pour plusieurs raisons : d'abord, une grande partie de morceaux pour moi indispensables ne fait pas
partie de la set-list. Pas de Cat Claw (impensable pour moi que cette chanson ne soit pas joué) et le son a quelque peu changé : moins crade hélas, moins brutal, moins minimaliste et plus
électro, tranchant franchement par rapport aux opus précédents. Concernant le second album pas de Love is a deserter ni de I hate the
way you love, encore une déception. Cependant chaque chanson m'a saisit au bas ventre et au coeur en même temps.

Lors d'une entrevue avec Eddie Argos (Art Brut) nous avions posé la question suivante :
« Le rock est-il condamnée à un éternel retour ? » La réponse est évidente avec les Kills, on ne peut absolument pas leur reprocher de manquer d'imagination puisqu’ils donnent
l'impression de « s'efforcer » à faire quelque chose de différent et y arrive sans mal : « Nous avons tendance à écrire nos chansons en 15 minutes. » J’écris « sans mal » en me rappelant
ces mots de Godard : « Dans la société parisienne d'aujourd'hui, on est forcé, à quelque niveau que ce soit, à quelque échelon que ce soit, de se prostituer d'une manière ou d'une autre... » en
étendant facilement le concept à la société actuelle on peut penser que les Kills n'ont pas eu besoin de se « prostituer » pour réussir. Ils ont peiné à se faire reconnaître et on toujours fait
en sorte d'être leur propre juge.
Un concert d'une rare intensité et littéralement habité. VV n'est pas seulement une chanteuse remarquable, mais elle joue aussi merveilleusement un genre d'épilepsie scénique incarnant leur
musique spasmodique ! Tandis que Motel installe des riffs pénétrants et puissants avec sa guitare au son bien crade. Totale complicité entre eux deux. Depuis le temps que certains voulait
voir le rock mort et qu'on le retrouve toujours ici ou là, haletant, donc encore vivant... Il ne nous reste plus qu'à maudire ces programmes trop chargés qui nous font profiter de seulement 55
minutes de bonheur à l'état pur.
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