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« Vous savez, je peux garder un secret si vous voulez.
- C'est plus qu'un secret...
- Mais si vous m'expliquez, je peux comprendre.
- J'ai quitté ce que j'aimais le plus au monde, tu peux comprendre ça ?
- Non... »
Comment l'être humain peut-il être amené à considérer l'abandon de ce qu'il aime le plus au monde comme la seule possibilité de pérennité de cet amour ?
Enfants, relations amoureuses, relations amicales, travail et responsabilités, tout cela est laissé loin derrière avec le vain espoir que rien ne changera... Voilà, en faisant comme si nous
n'avions jamais existé, tout devrait rester identique après notre départ. Car il s'agit bien d'un départ et non point d'une fuite... Comme si chaque homme après une ascension réussie dans
beaucoup de milieux devait prendre du temps pour lui, devait tout remettre en cause pour redécouvrir le sens et la valeur que peuvent avoir les choses qui fondent actuellement sa vie, et ne pas
se laisser enfermer dans un succès toujours plus prenant.
Le personnage qui cherche son nouveau départ c'est Sam Lion. Il débute son enfance abandonné sur un manège du quartier Montmartre à Paris, avec juste ce petit papier attaché sur son veston, mais
avec déjà dans les yeux ce trait si profond d'une confiance en l'autre presque infinie... Car s'il est bien une chose qu'il héritera de son enfance passée dans le milieu du cirque c'est bien
l'altruisme et l'esprit d'équipe.
Nous voilà ainsi plongés dans l'ambiance chaude et chaleureuse de ce film de Lelouch de la fin des années 1980. Pour situer temporellement son oeuvre, le
cinéaste choisit de faire défiler sous nos yeux les numéros acrobatiques de Sam suivis par les regards des différents occupants de la France à l'époque (Allemands, Américains, Anglais), nous
permettant ainsi de le voir grandir de trois à seize ans. Et comme un écho qui se répercutera tout au long du film, après une ascension fulgurante dans ce métier d'artiste, vient la chute,
magnifiquement illustrée par la chanson « Qui me dira » de Nicole Croisille, chute qui force Sam à changer de métier et à se lancer dans la construction d'une entreprise de 12.000 employés :
Victoria.
Mais voilà, le héros interprété par Jean-Paul Belmondo (César du meilleur acteur
en 1989) se rend compte que son entourage proche ne vit qu'au travers de lui et peine à exister indépendament. Alors comme première réponse à ses questions existentielles vient le voyage en
solitaire et la traversée de l'Atlantique. Vient aussi la décision de disparaître et de mourir aux yeux de tous pour revisiter les endroits importants de sa vie et clarifier toutes ses zones
d'ombre. Il est intéressant de constater que Sam dévoile une toute autre nature quand il est seul, bien plus proche du trapéziste du début du film que de l'homme entouré de maintes relations...
Ce n'est pas vraiment qu'il est égoïste, mais plutôt solitaire, considérant que certains plaisirs ne peuvent se partager et surtout que jouer sa vie à pile ou face ne doit pas faire intervenir
d'autres participants. La pellicule, elle, ne change pas, ou presque, reste chaude, s'attarde sans doute plus sur les multiples paysages traversés et notament ceux de l'Afrique. Les dialogues
sont devenus bien inutiles lorsque Sam voyage, son seul personnage réunissant en lui seul tous les conflits qui peuvent animer un homme dans une telle situation... C'est un peu en cela que la
période de solitude de Sam est sans doute l'apogée des idées véhiculées... Beaucoup de fioritures au début du film et un personnage qui se laisse peu percer, et inversion lorsqu'il est seul et
que tout le génie artistique tient à nous maintenir en haleine avec un unique personnage !
Serait-ce
que Lelouch souhaite nous montrer que l'homme ne peut se révéler que lorsqu'il
revient petit à petit sur lui-même? Que le voyage se vit intemporellement et nous fait presque oublier qu'il existe une vie au retour ? A vrai dire, nous ne découvrons l'impact d'un tel choix de
vie qu'au travers de la relations qu'il entretient avec sa fille (Marie-Sophie
Lelouch)... Lelouch vient sans doute appuyer la théorie freudienne du complexe d'Oedipe en nous décrivant une relation père-fille des plus fusionnelles et même des plus destructrices
pour l'entourage si elle n'est pas bercée de lucidité.
Sam a trois ans, je ne peux le gardé. Je suis désespéré. Protégé le, je vous en supplie.
Je m'excuse d'ores et déjà mais il n'y aura pas de conclusion à cette chronique, comme si on ne pouvait pas mettre de fin à ce film, à cette époque, à cet acteur qu'est Jean-Paul Belmondo... Sans
doute la plus grande surprise fut la sortie de l'acteur des rôles dans lesquels il a été trop longtemps enfermés, le super-flic, qui ont sans doute quelque peu desservis sa carrière. Je n'aime
pas les apologies, mais reste nostalgique de ce grand homme.
« Le meilleur moyen de faire croire que tu connais tout c'est de jamais avoir l'air étonné, parce que
toi tu as souvent l'air étonné, ton défaut. On va faire un petit test, je vais te dire deux trois choses étonnantes mais qui ne devront pas t'étonner. Tu es bien concentré ?
- Oui M'sieur...
- Tu sais que tu ressembles au Christ ?... Et voilà t'as replongé ! »
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