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Manque authentique d'imagination.
         Gloire de la désillusion ?
Je relis ce « De l'intérêt du hasard. » Cette vie d'homme que l'amie Gillepsie détaille avec un détachement qui côtoie parfois une affectueuse omnipotence,  je salue par ailleurs l'originalité et la créativité de sa démarche.
Mais cet intérêt ne pousse finalement l'aléa, l'impondérable que dans les cimes d'une certaine sécurité. Là où l'essence même du hasard suppose une inconnue et donc un risque, la démarche de Dizzie Gillepsie s'apparente davantage à un exercice - considérable et passionnant - visant littéralement à travailler la capacité d'imagination. Contrainte de la liberté inventive à des critères immuables, joug enivrant d'un prénom, d'une caractéristique morphologique, d'un lieu…
Gillepsie joue avec le hasard comme un enfant qui, connaissant trop bien le zoo, sait que le lion ne s'échappera jamais de la cage… Point d'abandon, de risque de péril, c'est une forme de domination mesquine, car inavouée qui se joue ici.
        La scène de la roulette russe dans Voyage au bout de l'enfer me vient à l'esprit, tant le hasard n'en est finalement ici pas un. Mais la comparaison peut paraître lourde de sens et libre à de trop grandes interprétations, je me refuse donc à développer.

Jouer avec le hasard. Le laissé mener, dans cette valse capiteuse en trois temps, me semble donc nécessiter une part de soumission, ou plutôt de renoncement ; celle de la domination. Mais de la même façon, utiliser le hasard, c'est l'utiliser jusque là, jusqu'au moment de non-retour, jusqu'à la fin de la valse ; jusqu'au regret de son utilisation ! Je conçois la relation avec lui comme supposant un extrémisme. L'équilibre de force entre ces deux danseurs est sans demi-mesure : on danse tant que musique résonne.

Loin d'une diatribe, c'est davantage un regret empli de respect que j'adresse à Dizzie, elle qui a coupé court à cette valse, qui s'annonçait pourtant palpitante.

Pourquoi n'as-tu pas continué ton jeu avec le hasard, et proposé à ton doux « sujet », le savoureux fruit de ton imagination et de son prénom ?

Christian aurait-il bien réagis face à ton onirique portrait ? Aurait-il souhaité discuter avec toi, ou ce serait-il contenter de te laisser partir après que tu aies déposé sur la table du café ton petit texte ? Serais-tu resté ?

« Le diable, seul, sait ce qui serait advenu » mais qu'importe, là réside jouissance et crainte, espérance et désillusion, anéantissement et élévation, là surtout s'illustre souffrance et existence…

Pierre angulaire que sont ces questions « d'existant », « d'être au monde », de relation, dans les écrits de ce site :

Initiatives, inattendus, impondérables, hasard, se retrouvent en effet dans nos textes. Leitmotivs pathologiques ?!
         Gage que ces notions permettent de garder la brillante couleur de nos écritures.

Et si Christian avait été plus passionnant et profond que celui de ton imagination, aussi performante soit-elle ?
Aurais-tu été flagellé par un vent ne venant pas du ciel ?
  





Arthur E. Ginn le 10.03.08


par Arthur E. Ginn
Lundi 10 mars 2008
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