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Premier film d'Harmony Korine, Gummo est comme la tornade dévastatrice qui toucha Xenia dans les années 70, irrévocable. Loin des films clichés et rébarbatifs sur la jeunesse américaine visant à montrer le paroxysme de l'aliénation juvénile, Harmony Korine nous livre ici un film erratique d'une sensibilité et d'un d'esthétisme hors norme. Absolument dérangeant mais jamais sordide.

A Xenia il n'y a rien à faire d'autre que de tuer le temps et souvent de manière violente. Le ton est d'ailleurs fermement affirmé dès les premières minutes du film. Un des premiers plans nous montre un chat mort suspendu sur un pylône électrique pendant que Tummler (Nick Sutton) narre : « J'ai vu une fille volant dans le ciel et je scrutais sa jupe. Son crâne était explosé. » Le film s'attache plus particulièrement à Salomon (Jacob Reynolds) et Tummler qui passent leur temps à tuer des chats errants qu'ils vendent à un fournisseur local pour un Dollar la livre. Avec leurs profits, ils achètent de la colle forte qu'ils sniffent ou paye à Cole (Max Perlich) un proxénète étrange, les faveur de sa sœur qu'il prostitue. Plusieurs personnages marginaux et déjantés émaillent ensuite le récit :  Deux garçons qui s'habillent comme des cow-boys et jurent constamment, un nain noir homosexuel, Dot (Chloé Sevigny) et Helen (Carisa Glucksman) deux jumelles aux cheveux platine qui ne se préoccupent que de leur chatte enceinte et de leur tétons et le plus énigmatique de tous, Bunny Boy (Sewell Jacob) un étrange préadolescent portant une paire d'oreille de lapin rose, errant dans la ville d'une manière énigmatique, jouant de l'accordéon ou urinant du haut d'un pont sur les voitures.

Gummo, semble constitué une série d'événements aléatoires, mais il devient vite évident que chaque scènes se relient. Tout comme une chanson ne peut être déconnectée d'un album. Au travers de ces portraits si différents, Harmony Korine nous envoie notre propre liberté en plein visage. Que ce soit dans la beauté ou l'horreur les personnages sont cruellement « humain » et rellement libre puisque hors normes. Il est cependant dommage que cette liberté soit la conséquence de la tornade qui les a coupés du monde, ils vivent désormais selon leurs propres règles d'où la difficulité de rellement comparer leur liberté à la notre.

La beauté de ce film, c'est qu'il pose tellement de question que vous pouvez le regarder plusieurs fois et obtenir à chaque fois quelque chose de différent. La pluralité du sujet n'épargne d'ailleurs pas la forme, mélange de style à la fois documentaire et sophistiquée qui transcende ou rebute, aucune demi-mesure possible, c'est du cinéma pratiquement expérimental. Les subtiles erreurs de « réalisation » donne une force et une énergie extraordinaire au film appuyant la véracité des propos des acteurs, tellement crédibles qu'on pourrait croire qu'il ne s'agit pas de rôle de composition. Chaque scène est travaillée, poétiquement trash, désespérément humain. Honnête et brute. Avec Gummo, Harmony Korine réussi donc là où Larry Clark (avec lequel il a coécrit Kids) échoue, il parvient à montrer la déchéance humaine sans mélodrame, sans apitoiement et cela en sublimant l'insoutenable en images tendres et poétiques.



Dizzie (Bunny) Gillepsie le 18.02.08


par Dizzie Gillepsie
Dimanche 17 février 2008
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