Photo par Al Lebror

 

 

Quelques nymphes autour de toi... Les vallons vierges autour de moi... Et toutes ces femmes aux alentours... Ils ont beau fait d'exprimer leur savant désir d'une relation amoureuse, tu les écoutes mais ne les entends pas.

Si seulement tu n'étais pas attaché aux apories de l'amour, entre attirance et dégoût, et de celles qui te font vaciller à chaque instant, peut-être verrait-on poindre sur ton visage une lueur d'espoir. Ou au moins quelques marques fluettes d'une potentialité pour un Autre féminin.

Ce n'est point qu'elles ne te plaisent, mais tu t'es voulu inconsciemment le gardien d'un trésor bien trop précieux pour qu'il ne soit confié qu'à un seul homme. Oui, c'est cela qui te pèse, tu fus vaincu, abandonné à ton destin sans avoir pu lever un seul bras. Le premier amour pose un léger voile de brume sur nous, il essouffle et assomme, et ancre à jamais les chaînes glaciales de l'imperméabilité. Il ne s'agit pas d'une protection anodine et bienveillante mais plutôt d'une assurance que rien d'autre ne saura nous découvrir à nouveau. Le premier amour se pose ontologiquement comme égoïste, le premier amour se veut égoïste.

Tu le conçois à peine maintenant, mais ce tyran sentimental entretient sa dictature par les plus grandes beautés. Dans la découverte de l'Autre en tant que plaisir extérieur à nous-même, dans l'exploration des méandres ineffables d'un intersubjectif qui passionne, et dans le périple d'une ipséité se dévoilant timidement, le premier amour s'est voulu roi. Et s'est aussi pensé tyrannique.

Mais justement n'est-ce pas trop de pouvoir, trop brusquement ? La fuite dans cette tyrannie sentimentale, qui ébranle et persécute, est-elle une forme de lâcheté? Est-elle prise de recul salvatrice mais qui isole plus qu'autre chose ?

Ainsi le premier amour se souhaite t-il marginal et indomptable, car il sait, furtivement, se préserver des limites de la raison. Oui, le premier amour se situe par-delà la raison, et n'en a d'ailleurs cure. Ainsi le premier amour se souhaite t-il dangereux.

Il sait d'abord utiliser la vulnérabilité de l'être-enfant qu'est l'Homme inexpérimenté. Celui-là même qui abuse de son imagination pour voir dans tout acte de l'Autre, un sujet pour un avenir commun. L'inexpérience alimentée par l'imagination produit un intersubjectif fantasmagorique.

Il sait aussi s'approprier la cristallisation Stendhalienne, à qui il donne avec bonté, une certaine aisance. Autant celle de l'auteur français touchait-elle encore un peu la réalité, autant dans le premier amour la vision de l'Autre n'est même plus réelle.

D'où ses derniers méfaits qui poussent à une possessivité quasi-absolue.

Tu n'as jamais voulu dépeindre une quelconque pédagogie amoureuse emplie de moralité... Mais celui qui te disait d'une si douce voix qu'il fallait apprendre à aimer, te semble aujourd'hui moins dénué d'intérêts. Il faut être fou pour comprendre le premier amour, et au moins autant pour conquérir son avenir.






Al Lebror le 17.12.07

par Al Lebror
Lundi 17 décembre 2007
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