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Joe Dallesandro dans Flesh (1968)

Joe Dallesandro dans Flesh (1968)

Candy Darling dans Flesh (1968)
Flesh signifie « chair » en français, c'est ainsi que débute le film de Paul Morrisey produit par la célèbre factory d'Andy Warhol, un plan de quatre minutes sur le visage - la chair -
endormi de Joe Dallesandro, réminiscence du célèbre « Sleep » d'Andy Warhol où celui-ci filme en plan fixe un homme endormi pendant 6h. Contrairement à la camera de Warhol le 16mm de
Paul Morrisey semble inconscient de l'acteur, ce qui permet à celui-ci d'improviser complètement, les actions ne doivent pas être entravées par la camera, elle est statique. Aucun script n'a été
écrit au préalable pour Flesh, Paul Morrissey se contente de donner une trame aux acteurs qui improvisent et font avancer l'histoire comme bon leur semble. Ce qui pourrait paraître ennuyeux
acquiert de l'intérêt car le spectateur se place dans un schéma de perversion, il devient « voyeur ». Le rendu est tellement réel qu'on peut penser qu'il s'agit seulement d'un reportage
arty sur un hustler drogué.
La dureté avec laquelle Paul Morrisey traite le propos dans Flesh peut être incompréhensible. Alors que Elephant de Gus Vant Sant est généralement loué puisque contemplatif et extatique. Flesh
fascine par la magnificence de l'excentricité, la beauté marginale est accrue par l'existence anticonformiste que les personnes mènent. Le film révèle ce qu'on ne montre pas d'habitude : la mort,
le sexe, le rêve sont au cœur d'une anti-représentation hollywoodienne. Candy Darling et Jackie Curtis commentant en historiennes émérites et fascinées les techniques de maquillage décrites dans
un vieux magazine d'Hollywood tandis que Geri Miller suce Joe juste à côté d'elles en hors-champ puis en contre-champ, le moindre plan de Flesh est inoubliable. Le tout est brut et la pauvreté du
budget renforce l'aspect expérimental du film. Flesh est au paroxysme du cinéma-vérité dont les néo-réalistes des années 1945 avaient rêvé en Italie et qui fascine des réalisateurs comme
Rivette.
Flesh est aussi un film sur un jeune homme marginal qui grâce à la splendeur de son physique reussit à échapper aux contraintes du travail. Le sexe est omniprésent, sur fond bruissant de
dollars. On suit Joe Dallesandro dans cette quête d'argent, rencontre avec plusieurs clients sur la 42 eme rue : le premier, banal, qui désire le revoir, le second qui lui donne un cours
d'histoire de l'art tout en le photographiant dans des poses antiques, moyennant cent dollars. S'ensuit quelques réflexions entre prostitués hommes sur les tarifs et spécialités de chacun, un
détour chez un groupe de transsexuels puis le retour au foyer pour rejoindre sa femme et sa copine. Même plan fixe final sur le visage de Joe, exténué, se préparant après un sommeil réparateur à
reprendre le même chemin le lendemain. Répétition et fatalité.
Dizzie (Factory) Gillepsie le 10.12.07
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