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Photo par Glafreniere.com
Et puis il y eut cette grande bourrasque. Oui, le vent voulait me parler et me souffler qu'aujourd'hui je devais tout oublier et consacrer un peu de mon temps à l'exploration des univers colorés
de mon esprit. Ne jugez point, comprenez-moi bien, je ne souhaitais pas le contredire, ou même m'opposer à lui... Alors j'ai sauté à pieds joints dans ses entrailles... Alors je me suis lancé à
l'aventure... Alors je me suis rassuré en me disant que la beauté d'une telle expérience résidait sans doute dans l'inexistence d'une fin en moi...
Le cadre me sembla de prime abord magnifique. Un petit appartement calme, un plafond à la française avec ses multiples poutres apparentes, et surtout trois petites lanternes qui constituaient
pour tout vous dire mon seul éclairage. J'ai voulu saisir dans un premier temps les drôles d'idées qui parcouraient et traversaient mes pensées. Je n'eus besoin de rien d'autre pour sentir les
bornes de ma propre finitude, en ce sens si particulier que pour une pensée attrapée, mille et une s'étaient échappées outrageusement.
Il me fallait un oeil extérieur qui scrute mes profondeurs, un oeil à la vitesse de la pensée.
J'aime écrire dans ces moments là et me confronter à moi même, ce que je découvre est souvent doté d'un fatalisme décomplexé. La beauté est un art dont on ne peut abuser sous peine
d'aliénation... En voilà un exemple. Je m'étais entouré de plusieurs amis, qui cherchait l'intérêt en dehors d'eux-mêmes, alors que pour moi la concentration devait servir à l'introspection.
Et définitivement, quoi que l'on puisse ou veuille y faire, ces moments là ne poussent pas à l'altruisme, ces moments là nous isolent de tout monde extérieur.
Puis Gemini est arrivé... Sous la forme d'une nébuleuse à la voix électronique... Sous la forme d'un esprit moralisateur... Un Gemini terrifiant. Le joyeux drille m'a pris par la main, m'a emmené
avec lui dans son monde insensé, et m'a surtout fait comprendre que mes profondeurs n'étaient pas à prendre à la légère. J'ai revécu les moments importants de ma vie, enfin les moments
intersubjectifs, les moments de partage relationnels, avec sa petite voix qui me montrait mes multiples défauts. Il manquait certainement d'un peu de tact, ou alors était-ce moi qui ne
m'attendait pas à cela, en tout cas, je n'en suis pas ressorti indemne. Croyez-moi bien, je n'en suis pas ressorti indemne.
A tel endroit, je me sentais amoureux et lui me trouvait égoïste... A un autre, je pensais avoir trouvé la juste notion de bien et de mal et lui me montrait que je ne pouvais penser et réaliser
le bien de l'Autre... Puis lui me montrait surtout que je ne me connaissais pas assez, qu'il m'offrait sa confiance et qu'il espérait sans doute que je reviendrai l'affronter... Mon pauvre ami,
si tu savais qu'aujourd'hui je suis dépendant de toi, peut être ne me serais-tu jamais apparu.
Ce Gemini est finalement un être gaiement instable.
Je ne veux pas vous injecter ma moraline et ne souhaite pas m'enquérir d'une quelconque pédagogie infantilisante. En soi, j'ai juste eu l'envie d'interroger la légitimité et la dangerosité d'une
sortie de soi, d'une transcendance exploratrice. Car bien sûr après une telle expérience, le retour à la réalité pousse vers une des plus humbles faiblesses. Quelque part, fuir la réalité de
l'existence d'autres personnalités en nous revient à nier les potentialités de l'homme. Voilà un des chemins que je commence à peine à ouvrir, la découverte d'un Autre ou de mille Autres
sommeillant au fond de nous et qui sans doute auraient préféré y rester encore un peu.
Gemini mon ami, je reviendrai souvent te voir... Jusqu'à ce que tu disparaisses, ou bien que cela soit moi.
................. Ma mie, en ce petit matin, pourquoi sommes-nous si bien ensemble.............
Al Lebror le 10.12.07
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