Gravenhurst par Vinciane Verguethen

 

Pour la seconde fois, il m'était donné de voir Gravenhurst en concert. Les choses sont cependant différentes aujourd'hui.  

Il vient de sortir son troisième album, The Western Lands, et se produit désormais dans une salle de relativement grande capacité, soit 500 personnes. Mon premier contact avec lui fut ce concert donné pour la sortie de Fires in Distant Buildings, impressionné comme les cents personnes présentes ce soir-là, je me suis efforcé de suivre cet artiste que je ne connaissais alors que trop peu.

Paradoxalement, j'ai assisté à ce second concert sans avoir hélas pu acquérir son dernier album, et malgré un intérêt plus important qu'auparavant c'est devant soixante-dix personnes désobéissantes au festival des Inrocks, que Gravenhurst défendra son dernier album.  

Autre différence par rapport à son précédent concert à Toulouse, la formation du groupe. C'est désormais un nouveau bassiste et un guitariste que Nick Talbot dirige. Je regrette d’ailleurs la présence d’un second guitariste, qui malgré de bonnes idées, me semble inutile. A l’inverse de Dave Collingwood qui une fois encore m’impressionne alliant brutalité et finesse sans autre but que de servir la chanson. 
            Soulagement ! Le son du Vent du Sud n'est pour une fois pas une catastrophe, et la musique de Gravenhurst de se propager, et de construire une musique au grand relief. Toujours oscillant entre arpèges divins et mur sonore déchirant, Gravenhurst ne perd rien sur scène de ce qui fait la grâce de ses albums. 
Pourtant je reste longtemps indifférent à ce concert, extérieur, le volume sonore n'aidant rien. Ce n'est pourtant qu'au bout d'un certain temps que j'en comprends la cause : je ne connais pas les chansons ! 
Alors je prends conscience combien déroutant peut-être la musique de Gravenhurst, parce qu'elles ne respectent pas exactement les canons de la musique (couplet/refrain/couplet/refrain), et parce que trop fine pour pouvoir se révéler dans un immédiat. On ne pénètre pas dans sa musique par accident, elle s'offre à nous par une écoute répétée et attentive. Exigence artistique.  
C'est donc pour cette raison que la première partie du concert, présentant le dernier disque, ne me touche guère... a contrario de la seconde, qui fait la part belle aux albums précédents et qui m'enchante, indubitablement.
Car outre des compositions aux mélodies sublimes, Gravenhurst possède un atout suprême, la voix de Talbot. Voix que l'on n'imaginerait pas sortir de cet anglais à lunette, au visage d'une éternelle jeunesse. Pourtant, si ses arpèges sont créatrices d'ambiance, c'est bien parce que Nick Talbot y appose sa voix. Cristalline.

C'est d'ailleurs lorsqu'il revient sur scène, seul, et interprète deux titres choisis par le public, que Gravenhurst m'émeut le plus. Parce qu'il est le genre d'artiste chez qui le minimalisme scie tellement bien, parce que seul avec sa guitare il fige le temps, et paralyse un public.

Et parce que bizarrement, ses chansons résonnent en nous, tout autant qu'en lui.


Arthur E. Ginn le 18/11/07

par Down in naked city
Lundi 12 novembre 2007
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