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José de Stuck in the sound par Julien Weber
 
 
Down in naked city : Comment s'est déroulé le concert ? Les Dodoz ont été surpris par le public...
 
Stuck in the sound : Nous on trouve qu'on a assuré, on était vraiment en forme, on a bien joué, mais le public est resté mort à l'exception des premiers rangs. Apparemment c'est comme ça ici, on est habitué à un public plus réactif, c'est rare ce genre de réaction... D'habitude ça pogote, ça slam, ça gueule, et même quand on a joué Toy Boy, il n'y a rien eu.
 
Down in naked city : A propos des Dodoz, comment les avez-vous connu ?
 
Stuck in the sound : On les a découverts par le CQFD des Inrocks, ensuite je suis entré en contact avec eux via myspace, en leur disant que c'était l'un des meilleurs groupes de rock que je n'ai jamais entendu en France, le coup de coeur fut très vite réciproque. Pour moi les Dodoz c'est vraiment la relève, c'est fou à leur âge de faire des chansons pareilles, je trouve ça impressionnant. Et contrairement à ce que l'on peut penser, ce n'est pas très différent de ce que l'on fait, ça a un côté déstructuré, dansant, Pixies, Led Zeppelin, il y a plein de points communs... Après il est sûr que l'on a chacun notre univers. On n'hésite pas à aller les voir à chaque fois qu'ils montent à Paris, d'ailleurs on les a invités pour un festival que l'on organise à la flèche d'or.
 
Down in naked city : D'ailleurs en parlant de ce festival dont vous êtes les instigateurs, le choix du lieu fut-il l'occasion de remercier cette salle qui vous a soutenu à vos débuts ?
 
Stuck in the sound : C'est exactement ça, c'est un symbole pour fêter la fin de notre tournée en France, un truc gratos pour les fans, et on ne voyait que la Flèche d'or pour organiser cela... Il était hors de question de faire un truc hype au Paris Paris ou au Showcase, même une Cigale à 17 euros la place, on ne pouvait pas se le permettre.
 
Down in naked city : Le choix des groupes n'a pas non plus été un hasard, l'occasion peut-être de faire jouer des groupes que vous chérissez...
 
Stuck in the sound : Oui...
 
Down in naked city : Est-ce un moyen de montrer qu'il n'existe pas qu'une seule scène à Paris, celle couvée par Rock'n'Folk ?
 
Stuck in the sound : Les médias ont coupé la scène parisienne en deux, car en fait on a tous commencé ensemble au Bar 3, et à l'époque, il y avait vraiment des babyrockeurs parce qu'ils n'avaient que douze ou treize ans, les NAAST étaient tout petit et tout le monde chantait en anglais à part eux qui alternaient avec le français. Et puis Rock'n'Folk les ont chopés et ils ont fait n'importe quoi avec eux, alors que nous on s'est retrouvé à la Flèche d'or avec Dia, Rodeo Massacre, Nelson, Neïmo et l'autre. Donc effectivement il s'agit bien de montrer qu'il y a une autre scène à Paris vu que Rock'n'Folk nous snob vachement.
 
Down in naked city : Vous gardez toujours des contacts avec les babyrockeurs?
 
Stuck in the sound : Oui, on s'entend toujours super bien, je connais bien les Second Sex, BB Brunes, NAAST, on se croise souvent et on se respecte. Après nous avons un univers différent, eux chantent en français et nous en anglais mais on est pas là pour se cracher dessus, on laisse ce privilège aux médias. Et de toute façon, on aurait pas pu être sous l'aile de Rock'n'Folk car on ne correspondait pas aux gamins super lisses, « bourgeois », super propres. Concernant leurs futurs, j'ai l'impression que tout est un peu fini, à part les BB Brunes qui sont un phénomène à part et que je mettrais dans le même panier que Deportivo ou même Téléphone, tout le reste va se casser la gueule.
 
Down in naked city : On les a d'ailleurs interviewés dernièrement et ils nous ont laissé une fade impression... Ils ne défendent même pas leur musique, dans le sens où ils ne poussent pas la réflexion au-delà du simple fait de jouer...
 
Stuck in the sound : C'est aussi une question de non-maîtrise des interviews et puis ils sont jeunes, même s'ils approchent la vingtaine.
 
Down in naked city : Oui ou peut être que nous n'arrivons pas à nous imprégner de ce mouvement pour mieux le comprendre. Sinon, tu as pris le risque d'arrêter tes études de cinéma pour te consacrer entièrement à la musique...
 
Stuck in the sound : En réalité je ne pouvais tout simplement plus continuer à étudier, l'histoire c'est que j'étais en maîtrise de cinéma et un matin, alors que nous venions de fêter notre place dans le CQFD des Inrocks avec Toy Boy, le prof me fait remarquer que je semble épuisé... Et alors je lui demande s'il connaît les Inrocks et leur compile, et là il m'arrête tout de suite, me dit: « Oui je l'ai achetée, et j'ai voté pour un groupe qui s'appelle Stuck in the sound » et là je lui dis que c'est moi. Il m'a de suite poussé à arrêter les études, depuis je n'ai plus remis les pieds à la fac.
 
Down in naked city : Et tu penses qu'il y a un lien entre ta musique et le cinéma?
 
Stuck in the sound : Oui forcément, le cinéma a une place super importante pour nous. On a vachement d'images cinématographiques quand on compose, on est extrêmement influencé par les films Buñueliens, les Romeros, par Star Wars - non je déconne - on est assez cinéphile et moi particulièrement. A la base, je devais être scénariste ou réalisateur, ou même acteur, le cinéma est très proche de nous. C'est d'ailleurs pour cela que l'ont s'est beaucoup investi dans le clip de Toy Boy avec Olivier Babinet qui avait créé le Bidule sur Canal + et qui est très ami avec le chef décorateur de Michel Gondry ce qui se voit d'ailleurs un peu dans le clip, des vrais décors, des costumes, on voulait pas faire un clip où on nous voit juste avec nos instruments à faire les beaux gosses. On voulait vraiment un univers onirique, surréaliste. Concernant Babinet, il s'est présenté à nous en tant que fan de Stuck, j'ai regardé les clips qu'il m'a filés et j'ai trouvé que ça collait bien avec notre univers, il aime bien bidouiller, faire des trucs bizarres, ce côté science fiction qui correspond vraiment avec notre premier album.
 
Down in naked city : Vous n'avez jamais pensé à avoir un support vidéo lors de vos représentations scéniques?
 
Stuck in the sound : C'est une idée, mais disons que pour le moment, on ne se contente pas de faire de la musique, on va s'ouvrir à la vidéo, au cinéma, à la danse aussi au fil des années, on va proposer des nouvelles choses... Pour l'instant on a besoin d'affirmer un style, le premier album c'était la révélation, Toy Boy, une production pas terrible, album naïf avec tous ses défauts, on en a conscience et le second devra corriger ça, un plus gros son et le troisième prendra plus de temps. On va pas se contenter de la guitare acoustique et de la capuche, on souhaite passer à autre chose.
 
Down in naked city : Justement tu disais que le public n'était pas réactif aujourd'hui, mais est-ce que vos morceaux déconstruits ne nécessitent pas un public avec une oreille musicale pré-existente, une certaine éducation à la musique, pour justement mieux entendre et comprendre quelque chose qui sort de ce que l'on a composé jusque là ?
 
Stuck in the sound : La seule différence que je vois avec les autres dates, c'est que là il y avait plein de quadragénaires blasés de la musique, qui ont déjà tout entendu, et qui voient en Stuck seulement les influences et pas ce qu'on pourrait apporter de plus… Mais notre objectif est de chopé les teenagers qui représentent pour nous l'avenir et de faire de la musique pour eux. Moi mon modèle c'est Nirvana, il est arrivé a embarqué tous les teenagers, en étant prétentieux, notre objectif est de faire comme eux.
 
Down in naked city : Vous êtes d'accord sur le fait que votre album nécessite plusieurs écoutes pour mieux s'en délecter?
 
Stuck in the sound : Oui complètement, à part Toy Boy qui est efficace à la première écoute, tu la chopes, tu la gobes, tu la consommes, il faut venir en live, nous écouté plusieurs fois... Je crois que cela fait du bien aux oreilles des gens de ne pas écouter les choses formatées qu'on leur propose à la radio de la forme couplet-refrain, couplet-pont-refrain, refrain-refrain-refrain de deux minutes cinquante !
 
Down in naked city : Justement, tu dirais qu'il vaut mieux avoir écouté au préalable l'album puis vous voir en live ?
 
Stuck in the sound : Non, l'inverse, du moins pour cet album, après pour le second, il faudra sans doute l'écouter en premier.
 
Down in naked city : Nous vous avons découvert vos morceaux au fur et à mesure et nous avons plus apprécié en concert. C'est pour cela que je peux comprendre qu'une personne qui vous découvre en live soit déroutée.
 
Stuck in the sound : Ca dépend des gens, les goûts ne se discutent pas.
 
Down in naked city : Toy Boy quand vous l'avez composée, était-ce pour un côté...
 
Stuck in the sound : On n'écrit jamais des chansons avec une arrière pensée, on essaie qu'elle soit la plus instantanée possible... Pour l'histoire, Toy Boy, Manu le guitariste venait de se faire virer, il était gardien de loge dans un immeuble, moi aussi, on s'est retrouvé chez lui et on a sorti Toy Boy quasiment en même temps. Ensuite on est allé en studio, on a fait écouter le titre aux deux autres qui l'ont trouvé un peu lente, ils se sont mis à jouer et je chantais juste « Check check shake », je ne sais pas comment c'est arrivé mais je me suis retrouvé à lire un article sur les Toy Boy dans Biba et cette chanson est devenue un hymne à l'indépendance de la femme, c'est la seule qui a un message. Je pense d'ailleurs que les paroles, plutôt surréalistes sur le premier album, vont évoluer et devenir plus personnelles sur le second. Ce n'est pas pour autant que nous sommes un groupe engagé, là on nous a proposé de faire la Cigale à Paris pour les sans-papiers et bien entendu on va le faire, mais notre but n'est pas de faire du Noir Désir dans les paroles. Nous notre école c'est les Pixies, Smashing Pumpkins, Nirvana, toucher les teenagers en fait. Puis on se différencie un peu des groupes français dans la mesure où nous chantons en anglais, ce qui nous permet de nous exporter et d'arriver à faire des dates à Nashville par exemple avec The Rapture. D'ailleurs, j'ai halluciné, je me suis présenté au chanteur et il était là « Yes !  Toy Boy, Check check shake », et c'est là que je me rends compte que la scène internationale connaît tous les groupes indé actuels, c'est fou! The Rapture au début ils étaient sur Subpop et faisaient du rock grunge inaudible, puis après, ils ont signé sur DFA où ils ont fait un truc plus dancefloor avec des cloches, une production à la LSD Soundsystem. Maintenant ils sont sur Universal, on voit bien l'évolution, ils essayent de viser super large, ça fait peut-être un peu vendu, leur dernier album est hyper disco, hyper léché, c'est plus les mêmes qu'avant, vu leur nombre de dates, cela devient des machines. Le chanteur est une crème mais le bassiste est un peu arrogant, mais à ce stade là, qui peut garder les pieds sur terre ?
 
Down in naked city : On espère que vous saurez les garder...
 
Stuck in the sound : On espère surtout faire ce qu'ils ont réussi à faire. Quoi qu'il en soit, on espère qu'un groupe français pourra arriver à ce qu'ils ont fait, ce qui pour l'instant n'a pas été le cas. Nelson par exemple, que l'on connaît depuis quatre-cinq ans et qui commence à s'exporter, ils vont faire une tournée à New York, et il y en a beaucoup dans le même cas, avec du talent mais peu médiatisé et je pense que les Dodoz vont vivre les mêmes histoires.
 
Down in naked city : Dernière question avant de vous laisser, tu aurais des films à conseiller?
 
Stuck in the sound : En ce moment je suis un grand fan de Christophe Honoré qui a fait Dans Paris et Les chansons d'amour, puis après je suis allé voir le dernier Cronenberg, Les promesses de l'ombre, et le dernier Ridley Scott, American Gangster, concernant des vieux films, Zombie de Romero.
par Down in naked city
Lundi 19 novembre 2007
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