BB Brunes par Clichey (flickr)




Il n'est que 18h et il y a déjà une queue monstre devant le Ramier, un public déjà acquis, et pour cause, il ne se passe pas une journée sans entendre à la radio au moins un titre des BB Brunes ; c'est à se demander s'agit-il réellement d'un public acquis ou d'un public à qui on aurait lessivé le cerveau. J'ai une préférence pour la deuxième option. Il y a tout juste assez de place pour sortir un paquet de cigarettes, on est entouré et bousculé par des minettes de 16 ans, loin des créatures nabokoviennes, mais plutôt le genre de groupies - aux visages d'où l'intelligence semble avoir fui - prêtes à se faire le chanteur fougueusement à la fin du concert, copie conforme les unes des autres.

Je suis persuadée que la passion qui les anime est éphémère, dans deux mois elles cracheront sur les BB Brunes en disant que ce groupe ne sert plus à rien, qu'il est fini. Alors que six mois plutôt elles avaient téléchargé l'intégralité de l'album du dit groupe en le qualifiant de génial parce que personne ne le connaissait encore vraiment, et qu'il n'était pas en tête des chars.

La musique n'est désormais plus une distraction, encore moins une passion, on s'invente des références et on croit connaître un groupe de A à Z parce que l'on a  téléchargé ses 30 ans de carrière en 30 minutes. Et c'est cette course à la nouveauté, cet éternel besoin de se sentir différent, enfin non, « différent » est mal choisi, « semblable » serait un terme plus approprié, qui poussera certainement des groupes comme BB Brunes à arrêter leur carrière lorsqu'ils n'auront plus de succès. Selon moi une année de concert avec une dizaine de personnes dans la salle ferait réaliser au BB Brunes pourquoi ils font de la musique, pour l'instant sur scène la seule chose qui ressort c'est que tout ce qui leur arrive les dépasse totalement.

« Il y a aujourd'hui un conformisme désolant et une imitation de chacun par chacun. Une véritable aliénation. Beaucoup d'artistes se prennent pour quelqu'un d'autre, plutôt que de cultiver ce qui les rend uniques. » Cette citation de Brigitte Fontaine saute à l'esprit dès la première chanson du groupe, la foule est déjà électrisée, je reste de marbre. Tout cela sonne très faux et beaucoup trop propre. Les BB Brunes dégagent quelque chose mais il s'agit de quelque chose d'extérieur à eux-mêmes.

Viens Dis-moi, d'autres tubes (terme volontairement désuet) et on attend continuellement un plaisir qui n'arrive jamais. L'image au détriment de la substance, interprétations poussives, chansons creuses. On se lasse très rapidement des poses faméliques, des riffs qui manque d'énergie, et des paroles risibles « Les gens sont tous de vrais trouillards sous leur parapluie. » après le coup de l'interview, puisque Félix nous avait avoué que celle-ci était une critique de l'immobilisme  mais qu'il ne prendra pas la peine de lire un texte proposé par un de nos lecteurs... BB Brunes finira son set sur une reprise des Whites Stripes et pas n'importe laquelle Seven Nation Army, le paroxysme de l'originalité.

Le groupe est formaté c'est indéniable, les chansons les plus connues (puisque ayant fait l'objet d'un marketing impressionnant) sont scandées par les gamines, des cris stridents à chaque fin de chanson, si fort qu'on entendrait plus un acarien à un concert de Led Zeppelin, les autres chansons passent sans faire d'émeute. On en vient à se questionner sur la légitimité de notre présence. Comme Al Lebror l'a fait justement remarquer, la société nous impose un art qui n'en est pas un. Sans doute ont-ils compris qu'on ne demande plus à l'art une quelconque maturation, par conséquent tout est faussement brut et fade.


Dizzie Gillepsie le 11/11/07

par Dizzie Gillepsie
Lundi 5 novembre 2007
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