Interview
Billet
Musique
Cinema
Art
Livre

Sam Riley dans Control (2007)
C'est pour des raisons personnelles qu'Anton Corbijn, photographe de métier, décida de se lancer pour son premier film dans une biographie de Ian Curtis, chanteur de Joy Division. Certes le sujet
ne fût pas le moteur de son désir de réalisation, mais de part son identité artistique et photographique, Curtis et Joy Division se prêtaient remarquablement au traitement noir et blanc typique
du travail de Corbijn.
Outre ce choix stylistique, le réalisateur prit l'excellente résolution de baser son film sur « Ian Curtis. Histoire d'une vie », livre publié en 1995 par la veuve de Ian Curtis,
Deborah.
C'est d'ailleurs par un jugement appréciatif de ce livre que je demeure en dissentiment envers les nombreuses critiques engendrées par le film. A l'image de Cyril Neyrat pour les Cahiers du
Cinéma.
Control est qualifié (à juste titre) de biopic, biographical picture, soit film biographique ; or, et de façon totalement paradoxale, les critiques émises mettent en avant le peu d'intérêt porté
à Joy Division, à sa musique, à ses membres. Reprocher cet aspect, c'est attendre de Control un historique de Joy Division, de sa naissance à la mort de Curtis ,ou pire c'est espérer une
biographie de son chanteur ; c'est dès lors nier l'importance du contexte créateur, au profit d'une conception artistique autarcique.
Ian Curtis est pourtant l'exemple parfait de l'homme-artiste et c'est comme tel que Sam Riley et Anton Corbijn le représentent ; centrer le film sur le chanteur de Joy Division c'est dépeindre
Curtis dans un rôle de star, c'est mythifier l'homme en icône rock'n'roll le rendant fade et quelconque. A l'image de The Doors d'Oliver Stone…
Ainsi, le mari de Deborah n'est rien d'autre qu'un habitant de Macclesfield ou de toutes ses villes grises proches de Manchester. Il me semble sincèrement que Joy Division n'était pas pour Curtis
un projet d'avenir, bien qu'il s'y consacra jusqu'à épuisement, le groupe n'était rien d'autre qu'une échappatoire. En témoigne son émouvant témoignage lorsqu'il confira son désarroi à envisager
le futur de Joy Division, lui dont l'unique but était de sortir un premier album.
Par là même, couper Curtis de sa relation maritale c'est occulter l'indéniable lien entre la musique de Joy Division et sa vie de couple. Par ce que ses paroles renvoient indubitablement à sa
propre lecture de ses liaisons, Deborah reste inséparable de la vie de Curtis… et donc de son œuvre.
C'est donc sous son aspect humain que Corbijn restera fidèle au livre. Des critiques valables ont d'ailleurs interrogé le rôle de Deborah Curtis dans le film. Présente à sa base par l'écriture de
son livre treize ans plus tôt, elle tient sur Control le rôle de co-productrice. Biopic partial ? Pas tellement. Le film se devait de posséder de bases solides pour mener à bien son projet ;
parce qu'elle fut la personne la plus proche de Ian Curtis, le livre de sa femme était une base inégalable ; et de toute façon la seule biographie existante de Curtis et de Joy Division… Certes
son rôle de co-productrice du film la place dans une position difficile, celle de la veuve aigrie en quête de reconnaissance et de pitié. Laissons cependant à Anton Corbijn la confiance qu'il
mérite, lui qui déménagea en Angleterre « pour [se] rapprocher de Joy Division » ne pouvait donner à son film un angle arbitraire.
Adepte depuis toujours de la photographie noir et blanc, Corbijn prenait en reproduisant le style sur pellicule un risque important et parions que dans un autre contexte l'effet aurait été
moindre, voir de trop… Mais ici le rendu est sublime, le choix bichromatique permettant de mettre en relief cette ville ouvrière de Macclesfield et des villes environnantes celles de Manchester.
Moyen absolu pour faire ressortir le Madchester de la fin des années soixante-dix.
Jamais grandiloquent, ni aguichant, c'est avec une forme de lenteur que la trame se délie, non pas contemplative comme un Gus Van Sant, mais lourde d'un fatalisme sous-jacent.
Résultat troublant pour la scène finale, scène connue et donc difficile à reproduire, mais qui parvient jusqu'au dernier moment à électriser l'auditoire.
Espérance insensée de modifier l'histoire, tentative d'aliénés pour éviter cet abîme une seconde fois.
Arthur E. Ginn le 26.11.07
Podcast
Télécharger || Ecouter en ligne
Archives


Les tags
La newsletter