Daniel Kessler (Interpol) par Kristiecat (Flickr)

 

 

 


Kazu Makino (Blonde Redhead) par Jazmin Million

 

 

Je ne connaissais pas grand-chose de Blonde Redhead, seulement quelques titres écoutés sans grande attention au détour d'un myspace, ainsi que leur lien avec Sonic Youth. Première partie ce soir là d'Interpol, c'est avec appréhension que j'attends de les voir sur scène, les morceaux écoutés ne m'ayant pas ravis, et étant que trop conscient combien une mauvaise entrée peut conditionner le reste de la soirée. 

Ce soir le groupe donne un concert carré, propre et agréable. J'apprendrais par ailleurs après le concert que le groupe a sorti cette année son neuvième album. La tournée de promotion n'en est d'ailleurs visiblement pas à son début, les musiciens étant trahis par des cernes impressionnantes.

La maîtrise totale des chansons ne profite cependant pas aux membres pour entretenir un quelconque lien avec le public. Seule Kazu Makino, la chanteuse, gratifiera le public d'un poli "Merci".

La musique a des airs de Sonic Youth, mais la voix de Kazu, parfois proche de celle de Björk donne à l'ensemble un coté légèrement shoegaze, plus proche donc de Slowdive. 

Très aérienne, évasive, je prends un plaisir bien supérieur à écouter cette musique que j'en aurais à l'entendre par la suite sur Cd. Plus libre, plus envoûtant ce concert est loin de ce que dégagent leurs albums à la production trop aseptisée. Bénéfique.

Hommage d'ailleurs au batteur, qui constamment impulse aux morceaux une énergie prompte à l'élever davantage. Sans fioriture, en une classieuse retenue, son jeu métronomique me rappelle celui de Charlie Watts... Toute proportion gardée bien entendu.

Ce n'est cependant qu'au bout d'un certain nombre de chansons que je commence à me laisser prendre par elles. Exigeantes. Blonde Redhead exige une mise en condition pour pouvoir apprécier le cheminement ailé de ses chansons, et je prends par là-même conscience qu'ils ne font pas une bonne première partie. Paradoxalement c'est bien à eux qu'un support introductif, si l'on peut dire, aurait été bénéfique, permettant peut-être de donner une autre dimension à ces chansons, et ce plus rapidement. 

Interpol

Toujours très classe, et non sans une once de désinvolture Interpol prend place sur la belle scène du Transbordeur. Le concert durera environ deux heures, et de façon impeccable jonglera entre les trois albums.

Lorsque je sors du Transbordeur je me dis qu'individuellement un concert ne tient pas à grand-chose. Un gros lourd à ses cotés, une femme au paroxysme du narcissisme, et une mauvaise place joue plus qu'on ne peut le croire. Je n'étais pourtant pas originellement mal placé ; accoudé à la barrière de sécurité j'étais en première ligne, qualifiable de chanceux par la quasi-totalité des personnes présentent.

A la croisé des baffles ou/et en face de son ampli, je vivais quoiqu'il en soit le concert à travers la guitare de Daniel Kessler, par ailleurs en grande forme (alcoolisée) Déception donc. La sublime voix de Paul Banks se perdant dans les riffs continus de la guitare.

Avec le recul nécessaire, et si on tente de passer outre ce problème sonore, le concert fut des plus réussi. Connaissant le groupe depuis la sorti du premier album, Turn On The Bright Lights, le concert a cela de fascinant qu'il met en rapport direct toute la discographie du groupe. Et le fait est là, Our Love To Admire, dernier album d'Interpol s'avère le plus abouti, et à mes yeux le meilleur. Plus profond, plus travaillé, et plus singulier que ses prédécesseurs, il semble contenir toute l'identité musicale de ce groupe aux dix ans d'âge. Désormais inaccessible aux étiquetages musicaux, Interpol n'a plus rien de Joy Division ; bien davantage le groupe à l'identité unique est devenu une référence pour nombre de ses contemporains. Le groupe n'est pas une copie, c'est l'originale, une référence.

Bien entendu, certains leur reprocheront leur comportement statique sur scène, à l'exception de Daniel Kessler ; c'est pourtant servir cette musique et son côté contemplatif que ne pas se dépenser en mouvement oiseux. La posture immobile est un choix que la profondeur de la musique légitime. 


Arthur E. Ginn le 11/07/07
par Arthur E. Ginn
Lundi 5 novembre 2007
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