Couverture de I'm with the Band, Pamela des Barres (flickr)

 

 

Pamela Des Barres, groupie dans les années 60 et 70, est née en Californie. Gamine, elle idolâtre les Beatles et Elvis Presley, et fantasme à l'idée de rencontrer Paul McCartney. Elle fréquente Captain Beefheart, se lie d'amitié avec Frank Zappa, en passant par Charlie Watts et Bill Wyman. A force de petits boulots (merdiques?) elle s'installe près du Sunset Strip, celui-là même qui inspira une chanson à Courtney Love, et entretient des relations avec des musiciens comme Mick Jagger, Jim Morrison, Page ou encore Hendrix. Elle est aussi membre des GTO's (Girls Together Outrageously), un groupe uniquement composé de chanteuses faisant principalement des performances, un mélange de musique et de paroles parlées, puisque aucune d'elles ne sait chanter et jouer correctement d'un instrument. Après la sortie de leur album, Permanent Damage en 1969 le groupe sera dissout par Frank Zappa (le fondateur) car certains de ses membres avaient été arrêtés pour possession de drogue. Destinée logique, Des Barres décide de poursuivre sa carrière en tant qu'actrice mais échoue. Des années plus tard elle raconte tout cela dans son premier livre « I'm with the band »

Le jour où j'ai acheté ce livre je pensais que ça serait agréable à lire, du « Gonzo Journalism » mêlé à des anecdotes croustillantes. J'avais, je l'avoue, une mauvaise opinion des groupies, les considérant comme des filles vulgaires attendant depuis l'aube devant des salles de concert et imaginant plusieurs jours auparavant, chaque instant qu'elles pourraient échanger avec leurs idoles, préparées à exalter des prénoms aux goûts délicieux comme Bob, Mick et Jim. Mais aussi des nymphettes un peu hippies, maquillées comme des voitures volées, généralement sous une drogue quelconque et refusant catégoriquement le titre de groupie bien que méprisant les autres au vu de leur statut.

Mais j'ai été surprise en douceur en lisant ce livre. J'ai senti une étrange sensation en le débutant, des frissons quasiment sexuels mêlés à une légère gêne causée par l'irrépressible besoin de Pamela des Barres de tout mettre sur papier sans aucune pudeur. Dave Navarro, auteur de la préface, décrit lui-même l'effet Des Barres: « [U]n rayon de lumière sexuelle est apparu. » Pamela est loin de la pâle copie que je me faisais d'une groupie, (vision sans doute trop moderne) elle est loin d'être en quête de célébrité et aime réellement la musique, au cours des années 60, années de partage, d'amour et de découverte de l'autre. Elle ne pouvait prétendre aider qu'elle-même mais avait besoin pour exister de prendre soin des autres, peu importe le nombre de fois où son coeur est brisé. Contrairement à toutes les idées reçues sur les groupies elle ne perd sa virginité que très tard, et n'accepte pas de prendre des drogues, si ce n'est l'inhalation de Trimar avec Jim Morrison qui inspira à celui-ci « The time to hesitate is through. No time to wallow in the mire. Trimar we can only lose. »

Remplis d'extraits de ses mémoires, des lettres de son amoureux, de photos d'elle blonde, et de détails sur d'autres groupies formant les GTO's (Girls Together Outrageously), Des Barres nous donne un rare aperçu de la vie des artistes de l'époque, nous introduisant dans des lieux inimaginables, comme par exemple la consolation de Jagger après le tristement fameux concert des Rolling Stones à Altamont, les chambres d'hôtel avec Jimmy Page et sa valise pleine de fouets et de vêtements en velours émeraude. La maison de Frank Zappa, où Des Barres devient nounou. Et dans le genre totalement inattendu, quelques dates avec Woody Allen.

Il y a quelque chose de romantique chez Pamela Des Barres qui malgré l'alcool, la débauche et les drogues (qui en rendraient plus d'un honteux) idéalise sa vision du monde de manière, j'ose le dire, obstinément optimiste, enfantine et innocente. Nous sommes en pleine libération sexuelle et ce livre a le mérite d'être au coeur du sujet sans l'aborder directement, il se fait l'écho de toute une génération, tout en étant hors de toute introspection. C'est-à-dire qu'au-delà de l'impudeur à décrire des histoires charnelles, Pamela Des Barres ne se fait pas juge de ces actes afin d'en laisser le loisir au lecteur. Elle ne possède aucune honte, ni culpabilité pour l'une de ses « frasques », va au-delà des barrières morales et refuse le conformisme ce qui donne à son livre de l'authenticité.

Trois cents pages douces, fraîches et excitantes, pas exceptionnelles mais à lire.


Dizzie (des) Gillepsie le 5/11/07

par Dizzie Gillepsie
Lundi 5 novembre 2007
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