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Photos par Persona non grata (flickr)
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Down in naked city : Accolée au nom du groupe, il est fréquent qu’apparaisse l’étiquette d’anti-folk, ne penses-tu pas qu’il s’agisse d’un terme global, pas vraiment défini ? Te sens tu proche des groupes catégorisés comme tels ?

David-Ivar Herman Düne :
 Pour moi la définition est claire, l’anti-folk, c’est une scène de New York, qui a compté pour nous. On y a beaucoup d’amis on en fait toujours partie dans un sens, puisqu’on rejoue toujours avec Turner Cody, Kimya Dawson, Jeff Lewis, ces gens classés comme anti-folk. Je ne l’ai jamais pris mal parce que ce sont mes amis et je trouve ça normal d’associer les gens avec leurs amis. C’est comme à l’époque du grunge. J’ai l’impression que les gens confondent cela avec un style de musique, et j’aime bien faire la distinction entre une scène et un style. Une scène c’est juste des gens qui se connaissent et qui font des trucs ensemble, un style c’est plus difficile à définir et je n’ai jamais voulu m’associer à un en particulier. Faire partie d’une scène n’a jamais été mon but, je n’allais pas renier mes amis, c’est juste que cela ne me gêne pas. En tant qu’artiste, la seule chose qu’on puisse faire c’est ce dont on a envie, sans obéir aux règles compliquées d’un style particulier.

DNC :
  Tu nous parles justement d’un groupe d’amis, de l’absence de règle. Lorsqu’on passe comme vous l’avez fait sur un plus gros label (ndlr. EMI) peut-on préserver ce rapport si particulier avec l’art, dans le sens d’un artiste qui donne toujours ce qu’il est ?

David :
 Quand je parlais de mes amis, je parlais de la tournée. Pour écrire, je n’ai jamais fait cela au travers d’un groupe d’amis, j’ai toujours fait cela tout seul. J’ai toujours pris l’écriture très au sérieux, ça n’a pas changé. Les chansons qui sont sur Giant, je les avais déjà écrites avant de signer. Dans mon idéal de chanson, il y en a toujours qui peuvent être appelées à être sur une major, et qui ont un peu façonné la pop. Mes idéaux et les chansons qui m’inspirent ce sont celles enregistrées par Phil Spector, Carole King, Chuck Berry, Lou Reed, Bob Dylan, ce sont des gens qui sont assez établis dans le système. Je n’ai jamais essayé d’écrire des chansons underground, je ne sais même pas ce que cela veut dire. Est-ce que cela signifie que c’est moins accessible ou moins bien écrit ?

DNC :
  Lorsque vous composez, tu as déjà les textes écrits ? Comment-cela se passe t-il ?

David  :
Oui, j’ai déjà ce qui s’appelle la chanson, c’est à dire les accords, la mélodie, les textes, ça c’est fait. Mais en tant que groupe, on a toujours cru que l’interprétation ne transforme pas fondamentalement la chanson, en ce sens, nous sommes différents de groupes comme The Strokes, que j’adore, où il y a une partie très importante dans chaque instrument. En concert, ils sont obligés de faire exactement la même chose, parce que c’est justement ce qui fait la chanson. Nous, on écrit nos chansons et après on les joue comme on veut, de façon différente entre l’album et les concerts, mais dans notre esprit, c’est toujours la même chanson.

DNC :
Pour les avoir vus, The Strokes jouent parfaitement mais rien ne diffère du concert de la veille. Adam Green quant à lui, qui assurait leur première partie, cherchait le public, cherchait le contact.

David :
Je comprends ce que tu veux dire, mais je ne pense pas comme toi. J’adore les deux, mais le truc de The Strokes c’est qu’apparemment le chanteur compose tout avec son petit orgue, chaque partie, chaque instrument. Il crée le morceau, et en live il donne ce qu’il sait faire : en l’occurrence le morceau tel qu’il l’a pensé. Peut-être n’aime t-il pas improviser... Quant à Adam, je pense qu’il est très axé sur ses propres chansons, je l’ai vu seul à la guitare acoustique et c’est aussi bien qu’avec son groupe. Personnellement, je préfère jouer comme je joue plutôt que dans un groupe où il faut jouer à chaque fois la même chose.

DNC :
Trouves-tu que c’est un enfermement de composer comme The Strokes ? Et en live perdre ce côté contact.

David :
C’est un sacrifice, ils sacrifient le plaisir de l’improvisation et l’excitation de changer tous les soirs, à la forme initiale de la composition. Je suis d’accord, des musiciens au bout de cent dates, doivent en avoir marre de jouer le même solo à chaque concert, mais si c’est au service de la chanson, pourquoi pas.

DNC :
Certes, mais même en gardant le même solo, la même base, je trouve dommage qu’ils ne s’autorisent pas à allonger ou à raccourcir certaines parties s’il se crée un moment privilégié avec le public.

David :
L’artiste doit suivre ses instincts créateurs, mais il ne faut pas oublier que généralement les gens ne viennent te voir qu’une seule fois, seuls les fans viennent plusieurs fois. Je me souviens quand j’étais petit et que j’ai vu Lou Reed, il y avait une chanson que j’adorais, Pale Blue Eyes, et ce soir-là il l’a jouée différemment, j’étais déçu. Aujourd’hui j’aurais adoré, mais je peux très bien comprendre que pour leur seul concert du mois, certaines personnes veulent entendre la version qu’ils aiment ; ils ne sont pas là pour que toi tu t’éclates, mais pour que eux s’éclatent.

DNC :
La relation avec le public lors d’un concert, c’est quelque chose d’important ?

David :
Oui, justement par rapport à ces deux attitudes. Lorsqu’il y a une très forte énergie, tu puises énormément dedans et cela te permet de jouer tes morceaux facilement comme un flot. Lorsque cette énergie est absente, que le concert se passe moins bien ou que le public ne te connaît pas, tu es obligé de te renfermer sur ton groupe, ce qui donne un concert complètement différent, là tu joues pour toi, comme si tu étais en répète en quelque sorte. Au lieu d’être en communication avec le public et de lire sur leurs visages "Ah vous aimez ce morceau ?!" et de le jouer avec plaisir, c’est plus "tiens ce soir je vais jouer de la guitare de telle façon !".

DNC :
C’est d’ailleurs ce que j’ai ressenti à Rock en Seine, vous étiez vraiment renfermés sur vous-mêmes, la taille de la scène ne vous facilitait sûrement pas la tâche.

David :
Rock en Seine, c’était spécial, parce qu’on ne s’était pas vu depuis des mois, on ne s’était retrouvé que l’après-midi même. Tu as tout à fait raison, on avait oublié un peu le public, trop contents de se revoir.

DNC :
 Et quand tu as un public non réactif devant toi, qui reste stoïque après les premières chansons, tu as ce côté séduction envers eux, dans le sens où tu vas quand même essayer de les capter ?

David :
Oui ça arrive, c’est un grand plaisir de gagner un public. Lorsque tu fais une première partie ou lorsque tu joues dans un festival, c’est un régal car tu te dis que ces gens ne te connaissaient pas et ils ont aimé tes chansons. Moi j’essaie toujours de faire cela par la chanson, j’ai pas envie d’imposer parce que joue fort, que je fais du bruit, ou que les gens vont danser, j’ai envie qu’une personne écoute une chanson et aime telle parole ou tel refrain. Il y a donc une certaine limite à cela : si les gens n’écoutent pas, je ne vais pas les forcer. En général ma réaction quand les gens ne semblent pas attentifs, c’est d’articuler plus, et faire en sorte que les gens entendent d’avantage les paroles, ou jouer plus doucement. Je n’ai vraiment pas envie de séduire parce qu’on a joué comme un groupe de Hard rock.

DNC :
  Vous arrivez à vous séparer pendant plusieurs mois, sans perdre votre osmose, sans que cela modifie la composition des morceaux ?

David :
Pour l’instant, on a réussi, ça doit influencer sur nos compositions mais on l’a toujours fait. Je ne sais pas comment font les autres. On a toujours beaucoup voyagé, vécu dans des endroits différents, et cela nous a toujours réussi.

DNC :
Vous n’avez jamais vécu ensemble ?

David :
 On l’a fait en tant que musiciens, quand on était à New York, et c’était super. On jouait beaucoup ensemble et nous avons ainsi pas mal progressé. Mais parfois, ça fait du bien de se retrouver seul, de penser à écrire tes chansons, sans chercher à savoir ce que vont faire les autres musiciens. Quand on se retrouve c’est surprenant !

DNC :
Après des centaines de dates sur une même année, il n’y a pas d’ennui qui se crée ? L’art te permet-il de transcender l’ennui ?

David :
 Cela me surprend à quel point cela arrive très peu, on a fait deux cent dates cette année et je ne m’en souviens que de deux où on était pas dedans, pour différentes raisons : soit on avait trop roulé et nous étions fatigués, soit le public n’était pas sympa. J’ai l’impression qu’à chaque date, on évolue énormément. C’est la deuxième fois que l’on passe une année entière à jouer presque tous les soirs, si tu enlèves le voyage et le repos, il ne reste que les concerts, et c’est génial !

DNC :
Et concernant la vie d’artiste en dehors du concert, voyager beaucoup, se préparer, n’est-ce pas justement là que l’ennui s’installe ?

David : Non, on voyage beaucoup, on a vu plein d’endroits sympas. La dernière fois qu’on a joué à Toulouse, on est allé à Rocamadour, c’est super beau ce petit village perché dans les hauteurs. Cette année, nous sommes également beaucoup allés en Espagne, et là encore, on a adoré. On est dépaysé à chaque fois !

DNC :
 Oui on vous a vu à Benicassim, c’était un bon concert.

David :
C’était génial Benicassim, on était très fatigué car on avait voyagé depuis Amsterdam dans la nuit. Ce concert, c’est le public qui l’a sauvé. Le lendemain, on jouait aux Vieilles Charrues à Brest, on est arrivé épuisé comme pour Benicassim, et là le public pareil ! 40000 personnes qui nous ont donné la pêche, sans eux, tu tombes par terre.

DNC :
Le public change t-il en fonction du pays ?

David :
 Pour nous, non, le public est cool partout, mais j’imagine que cela change. Je dois avouer qu’il y a un endroit où c’est moins cool, la Hollande. Je ne sais pas pourquoi on est dans un créneau où les gens sont un peu plus vieux, un peu plus tristes, ils écoutent de la country triste. C’est une autre expérience, il faut jouer lentement pour qu’ils soient contents.

DNC :
Lors des festivals, il y a partage entre les différents groupes, vous écoutez ce que vous ne connaissez pas, vous cherchez à prendre contact avec ceux qui vous plaisent ?

David :
Oui, carrément, comme on tourne depuis pas mal de temps, on connaît beaucoup de gens. La première étape lorsque tu joues dans un festival, c’est de regarder la liste de groupes, et quand tu trouves des gens que tu connais, tu vas les voir. A Benicassim, il y avait Lou Barloo, de Dinosaur Jr, on ne l’avait pas vu depuis longtemps et ça nous a fait plaisir. En général, on retrouve toujours quelqu’un : à la Route du Rock, il y avait The Go ! team , c’est des amis. A Primavera, Kimya Dawson avec son bébé que je n’avais pas encore vu. Après , on vas voir des groupes quand on a le temps, j’en ai vu plein d’intéressants, Bright Eyes, Nomindsno, CYHSY, ou plus récemment à Benicassim, Wilco que j’ai adoré !

DNC :
  Ainsi tu découvres la nouvelle scène, qu’en penses-tu d’un point de vue musical ? Ou même l’apparition de la New Rave ?

David :
Pour moi la nouvelle scène c’est The White Stripes ou The Strokes, peut être que je retarde un peu, mais j’écoute beaucoup de vieux trucs, dès que cela dépasse 1990, c’est du nouveau pour moi. Quant à l’electro et tout ce qui tourne autour, je n’ai jamais réussi à m’y plonger.

DNC :
Ce sont vos influences qui vous ont poussé à enregistrer vos albums avec le moins de prises possibles, dans un souci d’authenticité ?

David :
Oui, nous on aime beaucoup les années 60, qui sont notre référence, que ce soit les Beatles ou Dylan, on a du mal à regarder ailleurs.

DNC :
  Concernant tes textes, cela a le même sens pour toi de les mettre en musique ou de les écrire juste pour le plaisir ?

DNC :
C’est un mélange des deux, je pense que si je n’étais pas chanteur, je n’écrirais pas, j’écris et c’est un besoin mais c’est toujours sous la forme de chansons, je pense toujours à la forme. Sinon j’écris aussi de petites nouvelles, des trucs comme ça, mais bon si je n’étais pas chanteur, je ne le ferais peut être pas, mais maintenant j’ai des standards de longueur incrustés dans ma tête, j’écris beaucoup de chansons. 

par Down in naked city
Lundi 15 octobre 2007
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