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Eddie Argos Art Brut par Simon Grossi
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Le Bikini vient d'ouvrir, de ré-ouvrir. Je ne ferais pas un historique de cette salle pour l'unique, et meilleure raison, que je ne la connais pas. N'y étant jamais allé, je n'aurais
comme référence que la version seconde de cette salle de concert. J'entre, traverse le corridor, mais ne remarque que la piscine, qui se remplit de pluie. Une seconde porte est nécessaire pour
entrer dans la salle. Grande et belle salle. De capacité semblable au voisin qu'est la salle des fêtes, les efforts semblent s'être concentrés sur le bar. Néons, et barman/videur expérimenté sont
aux rendez-vous.
Le 1er groupe a commencé lorsque nous entrons, nous sommes proches des 300 spectateurs. Hot Flower. Bordeaux. Deux. Guitariste-second chant, batteur trop batteur. Une première chose est
marquante, et non des moindres : le son ! Parfait. D'une clarté réjouissante : loin de l'affreux son du Vents du Sud ou de l'étouffant son de la Salle des fêtes. Le groupe me fait penser un temps
aux Black Keys, sans le son si caractéristique Auerbach ou d'encore plus loin Blues Explosion (n°1). Une sorte de blues gentiment psychédélique. Sans grande originalité la première chanson est
réussie. Vint la seconde ou la deuxième première chanson, et ainsi durant. Que dire ? Ce sont de musiciens techniquement excellents. Que dire d'autre ? Rien. Le choix fait d'être en duo
n'est probablement pas le bon, tant un vrai/bon chant lead se laisse désirer. Le guitariste maîtrise sa machine parfaitement, mais nous montre en boucle les mêmes types de plan, quant au batteur
il ne laisse pas de moment de répit. Surpris par son jeu technique, l'ennui s'installe comme à l'accoutumé, faute à la monotonie des rythmes.
Rendons cependant honneur à ces musiciens qui, durant près d'une heure, ont pris un plaisir réel à jouer ; et dont le mérite, non négligeable, fut de nous donner une raison de plus de désirer Art
Brut.
Ready, Art Brut ? Eddie Argos arrive en chaussette, illustrant ainsi parfaitement Pump up the volume qui ouvre le concert ! Le son est énorme, même si le scandé/chanté d'Argos aurait peut-être
mérité un peu plus de volume : détail. Art Brut est décidément bien sous-estimé, Bang, Bang, Rock'n'roll sorti en pleine mouvance revival fût catégorisé comme tel. Erreur. Loin des clichés de ce
nouveau vieux genre, Art Brut possède la personnalité musicale qui manque à nombre de leurs contemporains, et l'humour indéniablement. Argos est bien entendu le leader, non contestable, de ce
groupe. Faire un parallèle entre Jonathan Richman & The Modern Lovers ou plus récemment Pulp, n'est d'ailleurs pas dénué d'intérêts...
Un écran géant accompagne Eddie sur certains refrains, idée originale et qui a le mérite de faire participer le public... Pour certains déjà bien motivés (saouls). Bang bang rock'n'roll, Sound of
summer, Blame it on the trains, These animal menswe@r, pléthore de titres convaincants de spontanéité, aux refrains entêtants : «Change your name, it's a cliche / What a shame, it's a cliche
!»
L'écran affiche Jealous guy. It's not a cover, lance Argos en référence à la chanson de Lennon ; et la musique suit... Sauf que, pour moi, ça coince. Plagiat. Art Brut se plagie lui-même, et
c'est loin d'être bon. Autant la musique manque d'originalité et d'efficacité, autant le chant d'Eddie semble un collage, copiage, compilation de ce dont il est capable. C'est d'ailleurs l'un des
dangers, l'un des risques, dont Art Brut devra tenir compte, pour l'éviter, dans le futur. Les deux albums sont bons, originaux, et sont incontestablement différents. It's be complicated, n'est
pas un nouveau Bang, Bang, une écoute attentive en témoigne, et cela, tout simplement parce qu'il y a eu évolution. Bien sûr il y a une homogénéité, pour le répéter, Art brut, à une vraie
identité musicale, naturellement on la retrouve dans les deux albums. Mais ce qui fait cette identité, c'est en partie le chant d'Eddie, et la façon dont il parle, scande, ses textes. S'agripper
à ce chant, à cette identité, c'est justement la perdre. Parce que paradoxalement, avoir une identité c'est, justement, ne pas en avoir, c'est (et cela malgré l'existence d'une vraie connivence
entre les membres, qui est indubitable le socle d'un groupe) accepter un éternel renouvellement, une remise en cause.
Idée vite dispersée, pour le moment, tant Modern Art éclaircie toutes pensées. Probablement l'un des meilleurs du premier album, elle permet à Eddie de venir dans la petite foule qui s'amasse
timidement près de la scène : Modern art. Makes me. Want to rock out. Crie t-il en bondissant gaiement, abandonnant un temps son micro pour poursuivre plus profondément dans la salle ses
sautillements communicatifs.
St Pauli, Bad week-end, Rusted gun of milan, I will survive (It's not a cover), Moving to L.A., chacune des chansons étant l'opportunité, pour Argos, de discuter avec le public ou d'échanger
quelques mots avec son groupe. Le groupe est d'ailleurs musicalement irréprochable, et on remercie une fois de plus le son de leur faire honneur. L'harmonie vestimentaire n'est sûrement pas de
mise tant le look oscille entre new-wave, grunge-punk, revival (minet) et neutralité parfaite, chacun venant d'horizon différent (comme nous l'a confirmé Eddie Argos avant le concert) et formant
ce groupe à l'osmose iconoclaste.
RAPPEL
Ne connaissant pas parfaitement les chansons du second album, le concert me permet de découvrir les nouveaux hits d'Art Brut, tel ce Nag Nag Nag Nag et autre Direct hit. Et inversement, je
replonge dans mes pensées critiques pendant ce People in love, que je trouve fade. Le concert se termine sur Good Week-end enchaîner à mi-parcours avec Formed a Band. Art Brut Top of the pops,
Art Brut Top of the pops, Hot Flower Top of the pops et - clin d'oeil à notre interview avant concert - The Indelicates Top of the pops.
Le groupe sort, les 300 spectateurs aussi. Une demi-heure après la fin, on retrouve Eddie et Mickey en train de faire un baby-foot à l'entrée de la salle. Sincère, humble et efficace, Art Brut a
donné un bon concert. À l'image du dernier album, on attend une suite, qui espérons-le, n'est prévisible.
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