Jean Paul Belmondo et Jean Seberg dans A bout de souffle (1960)

 

 

A bout de souffle est le premier long métrage de Jean Luc Godard, c'est tout d'abord une histoire commune puisque inspirée d'un fait divers. Jean Seberg en beauté fatale d'un nouveau genre, cheveux coupés très courts, tee-shirt moulant, « Pourquoi ne portes-tu jamais de soutien-gorge ? » lui demande Michel, robe évasée et ballerine. Jean Paul Belmondo en délinquant en cavale éperdument amoureux de cette américaine vendant le New York Herald Tribune sur les Champs Elysées, sa clope au coin de la bouche, son je-m'en-foutisme, son chapeau et ses grimaces, un doigt qu'il passe sur ses lèvres, inspiré d'Humphrey Bogart. A bout de souffle est poétique plein de légèreté, entre chambres d'hôtel, discutions frivoles, terrasse de café, France-soir et cigarettes.

Mais c'est aussi une liberté absolue quant au traitement du film, Godard s'est affranchi du script, c'est donc sans scénario (suivant tout de même les lignes tracées par l'original de Truffaut) et sans structure réelle, qu'il tourne. Tous les plans de caméra sont le fruit d'une improvisation parfaitement maîtrisée. La camera ose, provoque, cherche la rupture, traque l'éphémère, les raccords sont mauvais et les idées légères et séduisantes ne se ressemblent pas. Chaque plan de camera est une photographie, le Paris noir et blanc de Godard est d'une grande beauté. Godard filme dans les chambres d'hôtel, avec juste quelques lampes éclairant le plafond. Le son n'est pas enregistré en prise directe et il écrit ses dialogues sur une table de bistrot avant de souffler le texte aux comédiens. Ce vent de liberté n'empêche pas des répliques incisives et scandaleuses pour l'époque, comme la scène de l'interview dans l'aéroport. Le héros s'adresse directement au spectateur, le blanc d'une conversation ne doit pas exister, d'où une série de cuts tout à fait surprenants en plein milieux de conversations.

A bout de souffle est un film poétique, surprenant, aux dialogues percutants et aux jeunes acteurs séduisants, il restera sans aucun doute un chef d'œuvre de la nouvelle vague.

Replaçons-nous dans le contexte Nouvelle Vague, l'après guerre. Godard, Truffaut, Chabrol ou encore Rivette sont des cinéphiles virulents, enthousiastes et provocateurs, ils écrivent leurs premières fiches de film dans les Cahiers du Cinéma. A cette époque ils reprochent au cinéma son manque de créativité, en effet, il s'agit tout au plus de retranscrire des romans. Lassés de ce genre, ces jeunes cinéphiles se lancent dans la réalisation, leur manière de vivre, libre et sans convention apparaît alors. Une façon tout à fait différente d'aborder le septième art prend naissance tout d'abord sous la camera de Truffaut avec La Nuit Américaine, d'autres suivront. L'invention du magnétophone portable, celle de la caméra 16 mm, légère et auto silencieuse, le goût des tournages en extérieur imposent une nouvelle esthétique se voulant plus proche du réel. Le cinéma considéré comme un divertissement devient alors un art.

La Nouvelle Vague est aujourd'hui encore un mythe qui a révolutionné le cinéma est s'est imposé un imaginaire, une mythologie, un univers de gestes, d'apparences, de corps, d'objets, un univers. Une vraie réussite pour ces jeunes cinéastes français, mais aussi un succès international puisque au cours des années 60, le mouvement s'est érigé à travers l'Europe, et même au-delà de l'Atlantique. Pour beaucoup de jeunes cinéastes à travers le monde, la Nouvelle Vague signifie une liberté nouvelle de tourner des sujets absolument personnels grâce à des films aux coûts dérisoires.

Elle exerce encore une influence sur le cinéma, Quentin Tarantino doit par exemple la fameuse scène de twist dans Pulp Fiction à la scène de danse dans Bande à Part et il existe encore de nombreux exemple de cette période qui aujourd'hui est vu avec beaucoup de nostalgie.






Dizzie (New York Herald Tribune) Gillepsie le 08.10.07


par Dizzie Gillepsie
Lundi 8 octobre 2007
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