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Thomas Turgoose dans This is England (2007)
Il semble que la perte d'un père ne constitue pas, au fil des ans et des réflexions, une unique mauvaise chose, mais que bien au-delà du mal qu'elle procure, elle soit une force capable de nous
tirer vers une maturité, vers des responsabilités plus importantes, et vers la fin de l'innocence, que nous le voulions ou non. C'est un premier ressenti à la sortie du nouveau film de Shane
Meadows : This is England.
Le film inscrit brutalement dans nos têtes, dès les premières secondes, le visage pâle et étrangement attirant du jeune Shaun, qui ne nous quittera plus jusqu'à la fin. Brutalement, car son
réveil ne paraît pas commun, nous ne l'avons jamais vu et pourtant il est déjà cet autre, qui regarde son père avec tristesse et qui ne sent son utilité qu'à travers lui. Thomas Turgoose a sur le
visage ces multiples traits d'expérience qui contrastent si bien avec son physique encore très jeune, et bien que ce contraste puisse paraître quelque peu futile, il suffit d'une attention plus
poussée pour s'apercevoir qu'il est au centre de la vision froide de la sortie de l'enfance offerte par le réalisateur. Car il s'agit bien de cela, un roman cinématographique à la troisième
personne centré sur ce jeune garçon, sur son saut dans le monde plein de dangers, et sur ses difficultés à se forger une personnalité indépendante sans l'aide paternelle si précieuse. Que
laissons-nous derrière à jamais quand nous quittons la sécurité que nous offrent gratuitement nos parents ?
Il est certain que l'époque Thatcher n'est point la mieux appropriée pour avoir à se poser ce genre de questions en étant enfant. Mais le contexte historique est ainsi choisi: un deuxième mandat
de la dame de fer, la fin du conflit armé entre l'Argentine et le Royaume-Uni, et la montée des groupes d'extrême droite nationalistes que sont les Skinheads. Je m'arrête de suite pour éclaircir
un point qui pourrait porter à controverse et que le réalisateur a su éclairer d'un regard plein de finesse : l'amalgame courant entre Skinheads, racistes, nazis ou encore eugénistes. Ce qu'il
faut comprendre ici nous dit Shane, c'est qu'à l'intérieur du mouvement skin, existe une diaspora de valeurs et en aucun cas une seule et même qui ferait l'unanimité. Ainsi Woody (Joseph Gilgun)
semble-t-il incarner le courant modéré, à la fois aux limites de la société mais avec un brin d'humanisme qui parsème son entourage de personnalités ô combien différentes; tandis que Combo
(Stephen Graham) quant à lui incarne le nationaliste dans ce qu'il a de plus radical, se mouvant avant tout par patriotisme sectaire et intolérance.
Mais bien au-delà de rester de simples opposés, ils vont venir se rejoindre et se complémentariser involontairement dans l'éducation de Shaun: l'un lui transmettra une certaine valeur de
l'amitié, d'un appui réconfortant qui ne nous lâchera jamais, l'autre sera plus brutal, utilisant le passé de souffrance du jeune garçon pour le mêler à la cause nationaliste. Alors le film nous
emportera, avec l’aide de Gravenhurst, vers une vision de l’éducation qui se veut moderne, qui se veut humaniste, qui veut prendre avant tout en compte l’enfant: apprendre que l’on ne saura
jamais mieux que lui ce qui est bon pour sa personne, voilà qui laisse à réfléchir...
Lébrorement vôtre, Al.
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